#8 – W O R K H A R D –

Salut, toi, ça va?


J’ai peu publié ces derniers mois mais j’avais une bonne raison. J’avais un objectif, un rêve un peu fou que je voulais réaliser. Et j’ai consacré l’essentiel de mon énergie à la réalisation de cet objectif. Tu veux savoir? Prenons ma machine à remonter le temps et voyons comment ça s’est passé, et ce que j’en ai tiré … let’s go!

Chapitre I: les 5 secondes qui changent tout

29 septembre 2018. Je scrolle machinalement sur Facebook et tombe sur une page consacrée à la Volvic Volcanic eXpérience. Un trail dans la Chaîne de Puys, chez moi, au sein de mes chers volcans. J’avais, un peu plus tôt, en juillet, participé à mon premier trail, à la Rosière en Savoie, un 22 km avec 1400m de dénivelé. Ce fut une super expérience, difficile, très difficile ,certes, mais pleine d’enseignements quant à ma force mentale, plus qu’athlétique et à ma capacité de récupération après un tel effort. Si bien que je n’ éludais pas l’idée de revenir l’année suivante. Et puis, cette tentation. Un trail, chez moi, en Auvergne. Alléchant. Pourquoi pas? Mais quelle distance? Voyons. Voyons. Au programme, 4 courses: 110, 43, 25 ou 15 km. On oublie tout de suite les 110 km, c’est clairement hors de mes capacités. 15 km? Un peu court, peut-être, pour se déplacer depuis Annecy. Restent le 25 km ou le 43 km. Et cette envie de me challenger … Sans trop étudier les parcours, et fidèle à la méthode des « 5 secondes de réflexion » (on en reparlera) , qui m’a toujours fait faire de bons choix, je me lance. Ce sera donc“Expérience Impluvium”, un parcours de 43 km et 1660 m de dénivelé. Je clique. Valide mon inscription. Respire un coup … et réalise l’énormité de la chose. Même sur du plat, je n’ai jamais couru une aussi grande distance. Je ne suis même jamais sorti en nature hors course officielle et balisée, pour m’ entraîner. 43 km. Mince! JE NE VAIS JAMAIS Y ARRIVER!!! OK. Respire … respire … respire … Je prend conscience en repensant à ce moment où j’ai validé cette inscription de l’importance de l’intention ou de l’instinct dans mes prises de décisions. Les étapes émotionnelles qui l’ont accompagné sont, à ce stade, dans l’ordre:

  1. CURIOSITÉ ET PROJECTION
  2. RÉFLEXION (COURTE)
  3. PRISE DE DÉCISION
  4. STUPEUR ET TREMBLEMENTS
  5. IMPRESSION DE PERTE DE CONTRÔLE
  6. PLAN D’ACTION

Ce sont exactement les mêmes étapes, les mêmes sensations que lorsque j’ai décidé de changer d’horizon professionnel, excepté la phase de deuil de mon ancien emploi. En fait, je pense que j’ai, inconsciemment, expérimenté, challengé ma capacité à me décider rapidement et radicalement. A m’engager dans un objectif qui, à un moment donné, peut me paraître fou, voire totalement inatteignable. Ce trail, et le challenge qu’il constituait, c’était comme une vision miniature, un brouillon de mon projet professionnel. Je tenais l’objectif qui allait me tenir en éveil des mois durant.

Chapitre II: « Help! I need somebody »

Mercredi 7 novembre 2018, Stade d’Annecy-le-Vieux. Première séance de ma préparation encadrée par Émeline, éducateur sportif diplômée et coach de CrossFit qui va m’accompagner tout du long avec sérieux, réactivité et savoir-faire. Libéré depuis peu de mes obligations professionnelles, engagé dans un nouveau projet de vie, je vais consacrer 7 mois à cette préparation, à raison de 3 à 4 séances par semaine. 7 mois! Là, le trail, devient plus qu’un objectif, ça va être un mode de vie. Je vais manger, dormir, bouger, rêver Trail. Le premier enseignement que j’ai tiré de ma crise de panique post inscription est: “ Fais toi aider”. L’objectif étant de parcourir une distance de course encore inédite pour moi, sans me blesser en prenant, objectif prioritaire, du plaisir à le faire le jour J, il m’apparaissait indispensable de me tourner vers quelqu’un qui avait des connaissances en matière de préparation physique. Tiens! Exactement comme je me fais aider dans mon projet professionnel par Hélène depuis plusieurs mois. Quelque soit le projet il est primordial d’avoir conscience de l’importance de s’entourer, de savoir détecter et mettre à profit les talents qui nous entourent. Là encore je me suis aperçu que ceux qui savent sont ravis de partager leurs connaissances, que ce soit au travers de prestations payantes, bien sûr, parce que c’est leur métier mais aussi autours de discussions impromptues, de partages d’expériences, ou de services. Alors pourquoi refuser toutes ces ressources à portée de main?

Chapitre III: « Aies confiance, crois en … toi. »

Je suis assez observateur. Et, une chose intéressante que j’ai pu remarquer est que les personnes accompagnées ou coachées (j’en croise tous les jours) ont parfois tendance à se dire qu’elles pourraient “faire autrement”, “ improviser”, qu’elles pourraient “ y mettre leur grain ”, « faire leur sauce », qu’elles pourraient en faire encore plus “parce que ça fait une bonne séance”, qu’ils ou elles sont de « vrai(e)s bosseurs ou bosseuses”. Et ce, en sport ou dans tout autre domaine. Un peu comme ces personnes qui mettent le GPS pour ensuite tourner systématiquement dans la direction inverse indiquée par la machine parce qu’elles connaissent un raccourci (Si! si! tu connais ce genre de personnes!). Ma façon de voir les choses est simple: confiance absolue (aveugle?) envers celui ou celle que j’ai choisi pour m’accompagner. Et j’insiste sur le fait d’avoir choisi cette personnes. On dit parfois que “ la confiance n’exclut pas le contrôle”. Et bien, si! La confiance exclut le contrôle. Sinon, il n’y a pas de confiance. Ai-je suffisamment confiance en moi pour accorder ma confiance à quelqu’un d’autre, pour me faire aider? C’est la vraie question. Faire confiance c’est SE faire confiance. ET avoir confiance en soi , c’est avoir confiance en l’autre. Confiance en celui qui sait. Le doute, s’il est nécessaire doit intervenir à l’origine du projet. Il agit de concert avec la peur. Fait son travail (nous y reviendrons plus bas), et n’ a plus sa place ensuite dans le process. J’ai assez vite décidé que je me ferai aider mais j’ai longtemps réfléchi à la façon de procéder. Mais dès l’instant ou mon choix s’est porté sur une coach avec qui je serai en contact tous les jours ou presque, après l’avoir observée, m’être renseigné auprès de ses coachés, il n’y avait plus de doute possible. Ce serait avec Emy et personne d’autre. Par la suite je n’ai jamais fais 1 km de plus ni de moins que ce qui était préconisé. Pas une heure de plus. Pas un exercice complémentaire improvisé. S’en tenir à la prescription stricto sensu s’est chasser les doutes, agir l’esprit libéré des hésitations. Comme nous pourrions décider de nous habiller chaque jour de la même façon afin d’éliminer les décisions non cruciales (si! si! y’en a qui font ça!). Cette confiance dans mon choix initial m’a permis de lâcher prise et de laisser « ma coach coacher ». Ceci n’empêche pas d’échanger et de donner ses ressentis à son coach pour corriger le tir en cours de route si besoin.

Chapitre IV: « Ce n’est pas plus facile. Tu progresses »

La notion de « flow » est un sujet sur lequel je souhaite m’appuyer fortement dans mon activité de coaching. Comment être suffisamment attentif à ses ressentis et sensations? Comment « stocker » ces sensations pour pouvoir aller les rechercher et en utiliser l’énergie? Ces notions liées à l’élasticité de nos cerveau, à notre résilience mentale et physique me fascinent au plus haut point. Le « flow », je le connais. Je l’ai expérimenté. 09 avril 2019: séance d’endurance mixte avec diverses phases et allures à respecter. Je te passe la description complète. Je parcours 18 km ce jour là. En progrès très nets par rapport au même exercice effectué deux fois les mois précédents. Et je ressens une immense aisance. Ce jour là, mes jambes sont légères, à peine si elles effleurent le sol, mon allure n’est que grâce, j’arbore un large sourire et le vent dans mes cheveux … oui bon! c’est mon ressenti, hein, la réalité doit être un peu moins onirique. Et puis je fais ce que je veux, c’est moi qui écrit! Bref, tout ça pour te décrire une des meilleures séances de ma préparation. Blague à part cette idéalisation du moment m’a permis de l’ancrer dans ma mémoire et de conserver intactes les sensations de cet instant et, depuis, de pouvoir y revenir et en tirer toute l’énergie positive. Ce jour là j’ai vraiment ressenti “le flow”. Les compétences acquises au cours des séances pas toujours très drôles de travail en côte, en VMA ou de rameur en salle, ont éclaté dans ma tête ce jour là. Mon cerveau et mon corps ont assimilé les progrès effectués. Mon niveau de compétence avait augmenté m’amenant dans la zone de flow. Ce moment, limité dans le temps, où tout coule de source, tout semble plus “facile”. Le fameux “pic de forme”. Curieusement, à cet instant, le challenge d’un trail de 43 km m’a semblé bien plus abordable que quelques mois auparavant. Et pourtant je n’avais toujours pas parcouru la distance. Là encore, je peux ramener ces considérations sportives à un niveau plus professionnel. J’ai pris confiance, en me raccrochant à ces moment de flow dans le sport pour y trouver des énergies positives.

Chapitre V: « Pas à pas, un sommet à la fois »

25 avril 2019: Seul sur le plateau des Glières, embourbé dans 1 m de neige par endroits, je doute. Manifestement, je suis paumé. De toute évidence je suis épuisé. J’ai déjà parcouru 11km en 2h50 dont 45 minutes sur les deux dernier kilomètres. Déjà pas simple à repérer, le chemin est devenu invisible. Je fais demi tour? Cela veut dire refaire la même distance, avec les mêmes difficultés, la fatigue en plus. Mais, au moins je connais le chemin. Un mois plus tôt, j’aurais fais ce choix, plus rassurant. Mais j’ai grandi. J’ai appris. J’ai appris que se perdre, finalement ça n’est pas très grave. Ce jour je sais quoi faire de ma peur. La laisser faire son travail qui consiste à me mettre en éveil, enclencher le “mode survie”. Profiter de l’afflux d’adrénaline. Puis reprendre le contrôle et ma route. Avancer. Avancer et retrouver la bonne route. Profiter de l’instant, se laisser surprendre. Ce moment où ma préparation m’amène a effectuer des sorties longues en montagne, seul, donc dans l’inconnu est peut-être ce qui a été le plus difficile pour moi. Pas l’effort physique. Plutôt le fait d’affronter un environnement non balisé. J’ai une fâcheuse tendance à me perdre … et puis comme pour tout, le cerveau s’adapte, apprend. On finit toujours par retrouver un chemin, parfois, inattendu, qui nous mènera quelque part. Un fondement de Nos petites Victoires, tiens! Ces longues sorties, parfois dans la neige, m’ont obligé à élargir ma “zone de confort”. Je me suis trouvé de plus en plus à l’aise, seul dans la nature.

Pour conclure … en attendant la suite.

« And I knew I had to deal with it. So I just made a choice. I’d let the fear in, let it take over, let it do its thing, but only for five seconds, that’s all I was going to give it. So I started to count: One, two, three, four, five. »

Lost ep. 01X01 – Jack Shephard

Si cette préparation d’un objectif sportif ambitieux, à mon niveau, a consolidé mes convictions professionnelles c’est bien sous cet angle: chacun de nous peut réaliser de grandes, d’immenses choses pour peu qu’elles nous tiennent à cœur, soient cohérentes avec nos valeurs et, surtout, en procédant par étapes. C’est la base de Nos petites Victoires, mon activité de coaching. Il est beaucoup plus facile d’aborder un objectif en le découpant en étapes, chacune de ces étapes nécessitant de développer certains talents et connaissances ou de simplement effacer certaines craintes. Comme celle de se perdre. Puis faire des pauses pour assimiler les progrès réalisés. Et repartir pour l’étape suivante. Dans la conception de Nos petites Victoires j’ai à de nombreuses reprise eu l’impression d’être embourbé, avec cette impérieuse envie de faire demi-tour, parce que la peur de se perdre, parce que le regard des autres. Mais, comme lors de ma préparation trail, je peux dire aujourd’hui que s’il m’arrive toujours régulièrement de me sentir perdu, de ne pas savoir ce qu’il y a au tournant du chemin, j’ai de plus en plus de facilité à avancer parce que chaque pas, chaque foulée m’apprend un truc en plus et fait de moi quelqu’un de plus confiant, de plus audacieux. Et, quand la peur vient pointer, fermer les yeux, la laisser faire son travail et l’observer rentrer chez elle. Reprendre la route. Avancer quoi qu’il arrive.
Dans la seconde partie je te parlerai plus en détail de la course en elle-même et ce qu’elle m’a appris. A très vite!
Matthieu
La page de Coach Emy:https://www.facebook.com/coachemy74/

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#7 – U P P E R C U T –

Now you know what you’re fighting for.

Rocky, Creed II, Steven Caple Jr, 2018

Salut toi, ça va?

Ça faisait longtemps, non? Longtemps que je n’avais pas publié. Ce n’est pas que je n’ai pas écrit, non. Mais disons, que, ces derniers temps, occupé par des changement de vie assez radicaux, surtout au niveau professionnel, j’ai eu du mal à “lâcher mes coups”. La peur. La peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas viser juste. La peur d’échouer. Lâcher mes coups. Me livrer. Et, inévitablement, me découvrir. Et risquer de prendre un vilain contre. Tu me vois venir, là? Oui, j’ai vu Creed II dernièrement, et, encore une fois, question de synchronicité ou que sais-je, ce film m’a parlé. De la vie. De ma vie. De moi. De ma situation actuelle. Comme toute la saga Rocky, Creed II n’est pas un film sur la boxe. C’est un film qui utilise un contexte,  la boxe, comme pour parler de la vie. Tu l’as compris, je ne suis pas formé à la critique de cinéma, cet article n’est donc pas une analyse de film, mais plutôt, un partage de mon expérience de spectateur et un témoignage de l’impact de l’objet filmique en question sur ma vie, ici et maintenant. Ce texte est donc totalement subjectif. Puisses-tu y trouver quelque enseignement.

Le trailer de Creed II

Commençons par le pitch: depuis sa défaite face à Ricky Conlan dans Creed, Adonis (Michael B. Jordan) s’est fait un prénom, il est devenu champion du monde, comme son père. Il est heureux en couple avec Bianca (Tessa Thomson) et sa relation avec son “Tonton” et coach Rocky (Sylvester Stallone) est au beau fixe. Tout va bien. Et, ce qui  « peut arriver de pire à un boxeur”  (Mickey dans Rocky III) commence à pointer le bout de son nez:  l’embourgeoisement guette. Pendant ce temps, en Ukraine, un certain Viktor Drago (Florian Munteanu, mutique et excellent) s’entraîne dur sous la férule de son père Ivan (magnétique Dolph Lundgren) pour défier le nouveau champion de la catégorie et redorer l’honneur familial. Bien que le film se positionne comme une suite directe à la fois de Creed et de Rocky IV, le script reprend la structure de Rocky III. On y suit la trajectoire du champion en titre, bien en place, apprécié du public qui est défié par un challenger mort de faim. Évidemment, le champion va très vite être mis à mal, voire mis plus bas que terre par le nouveau venu. La peur va alors le dominer. Peur pour sa santé, son couple, son confort. Il va lui falloir reprendre les rênes de sa vie et surmonter ses peurs pour reprendre les gants, et gagner à nouveau.

Alors que Creed, premier du nom, renouvelait dans le fonds et la forme la saga pour l’inscrire dans les années 2K10 (mouvements de caméra audacieux, BO Hip-Hop haut de gamme), la structure hyper classique de cette suite, critiquée par quelques uns, permet au film de se concentrer sur les personnages et leurs tourments. Adonis est toujours un sale gosse, mais les événements du film vont le propulser dans l’âge adulte de façon brutale – euphémisme- et il n’en est que plus attachant là où il n’était qu’une tête à claques, sympa, certes, mais tête à claque quand même dans le premier film. Il a ici de vrais enjeux, sportifs, personnels, familiaux et il va enfin symboliquement “tuer le père” en affrontant le rejeton de celui qui avait laissé Appolo Creed pour mort sur le ring 30 ans plus tôt. Shakespearien. Michael B Jordan livre un prestation habitée et spectaculaire. Notamment dans une scène, probablement la plus touchante de toute la saga, où il devient réellement père et redevient boxeur dans le même instant. Comment rendre épique une scène se tenant dans un gymnase avec un sac de frappe. Et un couffin. Magnifique scène. Rocky, lui, est plus en retrait dans cet épisode, et c’est très bien. Il a peu d’enjeux mais ceux-ci se dessinent en parallèle avec ceux de son poulain et ne sont pas moins primordiaux pour le personnage. Il va devoir lui aussi trouver le courage de redevenir père et passer définitivement le relais. Encore une fois, c’est une constante depuis 40 ans, le rôle fait écho à la vie de son interprète, qui, accepte enfin de lâcher l’affaire, passer le relais. Ce personnage, est tellement touchant. Et Stallone y a mis tellement de lui, qu’il lui est difficile de le laisser partir. Nous le savons. Mais il doit lui offrir une belle sortie. Même difficulté pour le public, tellement attaché à cette icône de la culture populaire. Ici Stallone laisse les clés à Michel B. Jordan. Littéralement. Il y a une certaine ironie au fait qu’ Adonis se batte lors du premier combat du film plus pour récupérer les clés de la voiture que lui a laissé son père, perdues lors d’un pari dans Creed que pour le titre de champion. Un vrai symbole. « Doni » récupère ses clés, son héritage, et dans le même temps, Stallone confie les clés de la saga à Michael B. Jordan sur une ligne de dialogue toute simple.

Now, it’s your time kid

Rocky, Creed II, Steven Caple Jr, 2018

Un direct au cœur. Étonnamment, le film parle peu.Ici, peu de grands discours, beaucoup de choses passent dans les regards, les situations. Un homme en pleurs devant un sac de frappe et un couffin (Mais, mais, cette scène!!!). Un père qui jette l’éponge pour préserver son fils. Un coach qui transmet à son élève quelques “trucs” pour gérer  les grands événements de sa vie familiale. Il est beaucoup question de filiation, de passage de relais. Le film embrasse réellement cette direction avec Viktor et Ivan Drago. Tombé en disgrâce suite à sa défaite dans Rocky IV, abandonné par l’Etat et sa femme (Brigitte Nielsen fait un caméo), Ivan place dans son fils tous ses espoirs de refaire surface. Les deux hommes parlent peu. Mais le jeu des regards est tellement intense que l’on comprend toute leur relation en quelques scènes. Alors qu’Adonis va devoir apprendre à se battre pour lui, Viktor, se bat pour son père. Ivan, de son côté, se bat pour l’honneur, mais leur relation va changer au cours du combat final et c’est … bouleversant. Dolph Lundgren a un charisme fou et bouffe toutes les scènes ou il apparaît. Un coup de maître de Stallone au scénario qui montre son amour de tous les personnages de la saga dans cet hommage à son monolithique ennemi de Rocky IV.

Côté action -car on est aussi là pour ça hein? les copains- c’est peut-être le film le plus généreux en morceaux de bravoure au sein d’une sage qui en compte déjà énormément. Je retiens le traditionnel “training montage”. Là encore rien que du classique si ce n’est la brutalité de entrainement. Pour retrouver la force et la rage, bref, « L’oeil du tigre, mec! », Adonis s’entraîne dans un camp reculé au milieu du désert. Et son programme est d’une violence. Entre sparring-partner aux allures de tueurs chicanos tout droit sortis de Breaking Bad, séances de frappe dans des pneus à s’en exploser les jointures, running au bord de l’insolation et j’en passe, c’est probablement le training montage le plus dur de tous. Au passage, qui dit training montage dit musique et, si les compositions de Ludwig Göransson sur le premier Creed, ne m’avaient pas particulièrement bouleversé cette fois ses thèmes me semblent plus présents, notamment celui d’Adonis, mélancolique et épique à la fois. La section dévolue au training montage, Runnin , est particulièrement brillante. Brillante aussi la résurgence des thèmes légendaires de Bill Conti, qui viennent à point nommé dans le climax du film pour achever un spectateur déjà bien secoué par un combat final tout bonnement parfait de bout en bout.

Car le second grand moment est évidemment ce combat final. Encore une fois, contrairement aux artifices de Creed, il est mis en scène de façon très conventionnelle, champ / contre champ / plan large … mais c’est vraiment efficace. Et là, ce qui frappe, dans tous les sens du terme, c’est le sound design. Les coups font mal. Le bruit des impacts est tout bonnement monstrueux (ces coups dans les côtes!!!) et le spectateur est alors totalement immergé et souffre, et c’est important, avec les deux boxeurs. La malice du scénario fait en sorte qu’il est difficile de souhaiter plus la victoire de l’un ou l’autre boxeur. C’est, je crois, une première dans la saga. Il est amusant de constater qu’en tant que suite directe de Rocky IV, film OVNI écrit sous cocaïne, totalement ancré dans son époque avec ses méchants Russes vraiment très méchants et dopés et ses gentils Américains tout propres, soldats de la liberté, Creed II, totalement en empathie avec tous ses personnages en prend le parfait contre-pied thématique. C’est très fort. Et ça passe encore une fois par le jeu des interprètes des Drago père et fils, qui inversent totalement les attentes du spectateur en cours de route.

Voilà, donc, Creed II est un vrai bon film de la saga Rocky. A la fois passage de flambeau, départ pour une autre direction et hommage au classicisme absolu d’une saga cinématographique à la fois protéiforme (chaque film a, dans la forme, ses qualités propres) et en même temps pas avare quand il faut, pour le plaisir du spectateur et parfois un peu par facilité, user et abuser de “recettes” et de passages obligés. Mais c’est toujours tellement bon. Surtout, Creed II a été écrit et réalisé avec le cœur. J’ai ressenti une vraie sincérité dans ce film, et crois moi ou pas, je possède un radar pour ces choses là.

Round after round, you learn more about yourself. And when I stepped in that ring, it wasn’t all about me.


Adonis Creed, Creed II, Steven Caple Jr, 2018

Enfin ce film m’a parlé. Profondément. Un jour ta vie prend un virage inattendu et, tapie dans l’ombre, la peur guette. Prête à prendre le contrôle. Il te faut alors sortir de ta zone de confort, te confronter avec toi même, car ton pire ennemi, au final, c’est toi. Il te faut combattre cette version de toi-même avec qui tu ne voudrais pas traîner. Je connais bien cette personne: paralysée par la peur, confortable dans l’inaction, qui refuse d’avancer. Je la combat tous les jours et je gagne plus que souvent ces derniers temps. Et je n’en suis pas peu fière. Adonis se livre à ce combat et fini par l’emporter, expulsant cette version de lui qui a peur. Et trouvant le courage de livrer un nouveau défi, trouvant la force de se remettre en danger, pas pour prouver quelque chose aux autres, mais pour, enfin s’accomplir en tant qu’homme. Et se battre pour quelque chose de plus grand que lui. Vraiment, est-ce un signe de l’Univers? Je ne saurai le dire mais ce film est tombé à point nommé pour me passer un message:

Se lancer un défi, changer la donne dans sa vie, ça fait peur. J’en causerai peut-être dans un prochain article mais c’est exactement ce que je vis actuellement.

Il faut accepter qu’il y ait de la casse.

Rocky, Rocky Balboa, Sylvester Stallone, 2006

Mais il faut y aller quand même. Pour soi. Pour ceux qui nous entourent et croient en nous. Repartir au combat, round après round. Apprendre sur soi et le monde, petit à petit. “Un coup à la fois. Un round à la fois.” disait Rocky dans le premier Creed. La leçon reste valable. Je vais m’efforcer de l’appliquer, à commencer par monter ces “trois premières marches du ring” qui me semblent être une montagne.

Maintenant, c’est mon tour.

Keep moving forward

#6 – C H A M P I O N S –

« C’est interminable! 6 putains de minutes!

_Je plains ta femme si tu trouves que 6 minutes c’est interminable. »

Bohemian Rhapsody, Bryan Singer (2018)

Salut toi! Ça va?

Nous sommes le fruit de nos expériences, et les enfants illégitimes de nos héros.

« Il faut que j’te montre un truc. »

Janvier 1991.  » Viens voir! Faut que j’te montre un truc! » Christophe, mon voisin est tout excité. Il a apparemment fait une fabuleuse découverte. A-t-il déterré un trésor caché dans notre colline? Découvert un terrible secret qui bouleverserait notre paisible quartier encore tout récent? Non. Bien mieux en vérité. Une pépite. Un chef d’oeuvre. « Un clip vidéo d’un nouveau groupe » m’annonce-t-il fier comme tout. Il faut dire que Christophe, du moins ses parents, a le câble. Donc MTV. Donc accès à quantité de merveilles chamarrées et bruyantes que l’on appelait clips vidéo, que le câble, fabuleux vecteur de données analogiques déversait 24/24 au travers du mythique « tube cathodique » dans une glorieuse stéréo. Nous avons donc passé une partie de l’après-midi à guetter fébrilement la diffusion dudit clip. Heureusement, la chaîne étant adepte de la « rotation lourde » nous n’avons pas eu à attendre si longtemps que ça. Encore un clip de Vanilla Ice, suivi du dernier Zuccherro et … et … soudain … la révélation. Un clip étrange, baroque. Très différent du tout venant de cette époque. En partie en animation image par image, en partie en prises de vue réelles retravaillées avec effets crayonnés dans le style de Picasso ou Jackson Pollock (ça je l’apprendrai bien plus tard). Un spectacle fascinant pour nous qui étions passionnés de cinéma fantastique et d’effets spéciaux. Cette ambiance de fête foraine morbide avec ses lutins jongleurs masqués comme à Venise … Whooo! La séquence des jongleurs en pâte à modeler m’a littéralement explosé les pupilles et le cerveau! La musique? A l’avenant. Baroque. Complexe. Flamboyante. Sombre. Rock. Flamenco. Opéra. Et cette voix. Puissante, expressive, hypnotisante. Cette journée reste pour moi le point de départ de ma passion pour la musique. Le clip? Innuendo de Queen. Oui. Je sais. En fait en 1991 c’était loin d’être un tout nouveau groupe, mais à l’époque, sans Wikipédia et internet, nous n’avions aucun moyen à 13/14 ans de le savoir. Nous l’apprendrons assez vite cependant mais ce sentiment de découvrir était tout bonnement grisant. Nous étions des pionniers. Pour la première fois nous écoutions autre chose que les disques de nos parents. Une période de découverte qui m’amènera très très vite dans les rayons de la FNAC à la recherche des pépites de Queen puis Pink Floyd, Hendrix, The Doors, Bruce Springsteen, The Beatles, Deep Purple, Dire Straits, Neil Young, Prince et tant d’autres.

Quelque mois plus tard, le 24 novembre, Freddie Mercury décédait des suites d’une pneumonie liée à son VIH, déclaré publiquement la veille. Une autres de mes journées mémorables. La première fois que j’ai pleuré une personne qui m’était totalement étrangère. Je me rendais au collège à bord de la 4L du voisin qui nous emmenait tous les matins. Et, en chemin la radio m’annonce la nouvelle. Et je ne me doutait même pas que le chanteur était malade. Le clip d’ Innuendo, en animation et images d’archives car Freddie Mercury, dans sa dernière année, était peut-être trop fatigué pour figurer dans ses clips, prenait alors tout son sens. Et que dire des chansons de l’album? These Are the Days of Our Lives, I’m Going Slightly Mad, et The Show Must go on devenaient autrement signifiantes. Je me plongeais alors dans les livrets, traduisant et décryptant les paroles. Ces rockers avaient donc de la profondeur. Non, rien n’est insignifiant.

Sid Vicious (Sex Pistols) à Freddie Mercury : « Alors Fred, tu amènes le ballet au foules, hein ?!

_ Ah ! Le monsieur Ferocious ! Eh bien, on fait ce qu’on peut mon chéri ! ».

Anecdote probablement fausse, mais tellement drôle …

Freddie fut donc le premier de mes héros musicaux, la première légende. Le premier dont j’ai vécu le décès aussi. A présent que les dernières légendes du rock sont chaque jour plus proches de rejoindre Prince, Freddie, David, Jim, John , Janis, James Lemmy et Jimi, pour la jam ultime, quelque part en enfer, et que je n’écoute plus que des chanteurs morts ou en passe de l’être – car que m’offre l’époque sinon des musiques prémachées, déroulées au kilomètre par de soi-disant beatmakers ( le mot est bien choisi, des faiseurs, au sens propre) et incarnées par des pantins caricaturaux hautement jetables? (attention! syndrome du vieux rockeur aigri en vue … ) – il me semblait important de revenir sur ce souvenir fondateur. Tout ceci à l’occasion de la sortie au cinéma de Bohemian Rhapsody, biopic du groupe Queen par Bryan Singer.

J’aime bien les biopics musicaux, et je passe toujours un bon moment devant, ne serai-ce que grâce aux séquences musicales. Evidemment mes attentes sont d’autant plus importantes que j’apprécie l’artiste concerné.

Alors qu’en est-il de ce biopic sur Queen? Se hisse-t-il au niveau de mes favoris du genre, comme The Doors, La Bamba ou Tina? Et bien, déjà c’est très bien réalisé, et la mise en scène est impeccable. Le mouvements de caméra sont fous et le réalisateur iconise parfaitement ses personnages. Niveau interprétation, les acteurs, Rami Malek en tête sont plutôt bons. Il y a un petit travers à vouloir les faire ressembler le plus possible à leurs modèles dans la vraie vie ( la prothèse dentaire de Rami Malek est assez malaisante au début) et ce n’était pas absolument nécessaire, mais comme le jeu des acteurs est bon, ça passe. Du point de vue narratif, c’est un peu plus compliqué. Ou plutôt pas assez, le film allant d’ellipse en ellipse et restant très évasif sur l’évolution du groupe, hésitant entre se focaliser sur Freddie Mercury, ses frasques, ses outrances et ses questionnements concernant son identité sexuelle et l’ascension du groupe vers les sommets du rock. Le film est en fait trop lisse pour rendre honneur à un personnage « bigger than life » comme Freddie Mercury. On sent une grosse pression des membres survivants du groupe pour ne pas trop écorner l’idole. Peut-on vraiment leur en vouloir?

« Si la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende. »

L’homme qui tua Liberty Wallace, John Ford (1962)

Et, en même temps il dresse de Mercury le portrait intimiste et tendre d’un artiste total, extravagant et attachant, malheureux dans sa solitude, quitte à le rendre un peu plus lisse qu’il n’était vraiment.Cela laisse le sentiment que les scénaristes n’ont pas su choisir et sont restés dans un entre deux un peu mou. Toutefois, la première partie du film est agréable et tient par les tubes égrainés tout du long.

Mais là n’est pas le plus important. Le 13 juillet 1985, Queen faisait son grand retour sur scène au stade de Wembley à l’occasion du show caritatif Live Aid. Lors des 20 minutes de show qui lui seront allouées Queen volera la vedette à tous les autres artistes devant 100 000 spectateurs et 1.5 milliards de téléspectateurs faisant de ce set un des moments les plus importants de l’histoire du rock. Et c’est vers ce moment que nous amène tout le film. Les 30 dernières minutes sont tout bonnement terrassantes. Oui! J’avoue, j’ai miaulé. Et je repaierai le prix du billet juste pour ces 30 minutes de bonheur et d’émotions. La musique, la mise en scène, la virtuosité des mouvements de caméra et la présence de Freddie Mercury au travers de son interprète, tout contribue à clouer le spectateur sur son siège, à l’approcher un peu des sensations que seuls ont pu connaitre les personnes présentes ce jour dans le public et sur la scène. Et tous ces souvenirs qui sont remontés à la surface. Ces après midi pluvieuse à écouter de la musique, à lire les paroles des chansons. La lecture assidue de Rock & Folk et Best. Ces virées en centre-ville pour aller acheter, en cassette, un album avec nos petites économies. Ouvrir la cellophane. Mettre la cassette dans le lecteur. Presser le bouton Start. Ecouter en boucle. Encore et s’endormir le Walkman encore sur les oreilles. Copier les cassettes des copains. Les premiers CD (Dire Straits et … Queen). Les premiers concerts. La première guitare. Certes, après toutes ces années, Queen n’est pas le groupe que j’ai le plus écouté. Et ma fidélité s’est tournée vers d’autres artistes comme Prince ou Pink Floyd. Mais il reste le premier pour lequel je me suis passionné. Le premier étage, les fondations de ma culture rock et plus largement musicale. De ma culture au sens large; De mes valeurs et de ce qui fait aujourd’hui de moi l’homme que je suis. Un élément de mes fondations. Car ces mecs, et le film le retranscrit assez bien, étaient des défricheurs. Ils se foutaient bien de réussir ou d’échouer. Ils faisaient ce qu’ils avaient décidé de faire. Bohemian Rhapsody, ce morceau alambiqué, mêlant ballade, opéra et hard rock, aux paroles incompréhensibles ( « Mais c’est qui ce Galiléo? » se demande un membre du groupe au cours d’une séquence hilarante sur l’enregistrement du titre que l’ingé son appelle « le … truc … de Freddie »), un tube? No Way! répondent les producteurs. Fuck You! réplique le groupe. Et le groupe d’avoir finalement raison. Car, et c’est la leçon que j’en tire: si tu crois en ce que tu fais, un projet, un objectif, une création, peu importe. Si tu crois VRAIMENT en tes capacités. Si tu fais les chose avec passion. Si tu sais te montrer vulnérable autant que fort et décidé, tu réussiras. Un jour ou l’autre, tu réussiras. Peut-être ce coup-ci. Peut-être la prochaine fois. Crois en toi et en tes rêves. Travaille dur. Donne toi pleinement. Et, parce que nous manquons tous de temps, lance-toi. Aime la vie et ceux qui t’entourent. « We are the champions », voilà de quoi parle Freddie Mercury dans son hymne des stades. Nous sommes tous les champions de nos vies, tous potentiels vainqueurs. Le tout c’est d’y croire. et de se battre. Tous champions de nos vies. Ce sont les leçons que je tire de la vie d’un de mes héros, un homme qui s’est donné corps et âme pour son art et son public et qui disait, lors de sa dernière interview en 1991 :

« Je ne veux pas changer le monde. Ce qui m’importe, c’est d’être heureux et honnête, et de m’amuser, quoi qu’il arrive. »

Allez, je te laisse, je file faire des vocalises!

Keep Moving Forward

#4 – S M I L E –

« Quelle joie! s’émerveillait Virgil le coach, qui n’avait jamais rien vu de pareil non plus. c’est assez extraordinaire. » Allégresse et détermination  sont généralement des émotions antagonistes, mais les Tarahumaras débordaient de l’une et de l’autre, comme si courir aux limites de leurs forces les rendait plus vivants.

Christopher McDougall, Born to Run

Salut toi ! Ca va ?

As-tu déjà ressenti « le flow »?

Dans l’idée cet article devait être une recension de Born to run de Christopher McDougall. Je ne pouvais échapper au best-seller, que dis-je la bible des ultra-runners. C’est très bien écrit, drôle, documenté, prenant, émouvant même. L’auteur nous emmène à la découverte des Tarahumaras, un peuple du Mexique qui a fait de (ou plutôt a conservé) la course comme mode de vie. Partant de ses soucis physiques liés à la pratique de la course à pieds, Christopher McDougall, part en quête de la réponse à la question : « pourquoi ai-je mal aux pieds ? » alors que les Tarahumaras courent sur des distances insensées, avec des sandales fabriquées à base de pneus, et à tout age, sans ressentir douleurs ou fatigue. De là, il alterne roman d’aventure, histoire de la course à pieds (de Néanderthal au courses de 100 miles en passant par l’invention de la chaussure de course moderne par Nike), traité de biologie, nutrition, mindset. Et c’est là que s’arrête ma modeste critique (j’ai dévoré ce livre !) . Sur le mindset. L’état d’esprit dans lequel nous accomplissons les choses. Car au-delà des questions de foulée, alimentation ou de physiologie, ce qui ressort du bouquin, ce qui m’a le plus frappé, c’est que les coureurs Tarahumaras, qui ne se blessent pas, qui, sur de longues distances déjouent tous les pronostics et affolent les chronos, le font avec le sourire aux lèvres. Avec plaisir. Avec joie.

On me demande parfois quel plaisir je peux avoir à courir ou faire des exercices de gainages difficiles. Pourquoi souffrir à ce point lors d’un WOD au CrossFit ? Et bien, parfois, de plaisir il n’y a pas. C’est difficile, c’est tout. Il y a, après l’effort, un plaisir, une joie d’être allé au bout, mais il s’agit plutôt d’une satisfaction a posteriori. La sensation de joie dans la course des Tarahumaras, telle que décrite dans le livre va de concert avec l’effort. Les coureurs respirent la joie de courir.

Je crois qu’il y a quelque chose de culturel en nous, occidentaux,  qui nous prive de ce plaisir immédiat. Dans notre tradition Judeo-Chretienne, prendre du plaisir est suspect. Alors il ne peut y avoir de plaisir à souffrir, comme si le fait que le Christ aie souffert en portant sa croix nous obligeait à prendre des têtes de suppliciés dans l’effort. C’est une explication parmi d’autres, mais je pense que la tradition pèse de manière significative que l’on soit ou non croyant. Soupçons de dopage mis à part, qui n’a pas déjà critiqué un athlète qui domine sa discipline parce qu’il est « trop facile », qu’il a l’air de prendre la compétition par-dessus la jambe? Ouh! Oui! J’en vous au fonds qui baissent la tête! Décontracté veut-il dire suffisant? Prenons l’exemple de Teddy Rinert qui domine le Judo mondial depuis 10 ans sans aucune contestation possible. A chaque titre je lis des critiques du genre « trop facile », « il devrait changer de sport » , « prétentieux » « suffisant ». Parce qu’ici, on aime les besogneux, ceux qui souffrent (encore le côté christique), ceux qui travaillent dur pour y arriver. Ceux qui ont tout donné même s’ils échouent. Mais on oublie trop vite que tous les Teddy Rinert, Usain Bolt, Matt Fraser ou Michael Jordan,  sont d’incroyables bosseurs qui se vouent corps et âme à leur discipline. Ces types ont torturé ou torturent leur corps lors de longues séances d’entrainement, travaillent leur technique, anéantissent leurs points faibles, se remettent en question en permanence. En permanence. Tout comme leurs rivaux, ils ont la culture de la gagne. Tout comme leurs rivaux ce sont des athlètes incroyables. Tout comme leurs rivaux, ils ont une génétique exceptionnelle. Comme (presque tous) leurs rivaux, concernant la génétique, je veux bien l’admettre. Mais ils ont un petit truc en plus : ILS AIMENT PROFONDÉMENT CE QU’ILS FONT. Tout comme leurs rivaux, oui mais juste un petit peu plus. Ce petit plus de passion qui fait la différence. Ce petit plus qui fait que Matt Fraser  ou Tia Clair Toomey vont peut-être s’infliger la petite répétition supplémentaire à chaque entrainement quotidien. Répétitions, qui additionnées , jour après jour, vont faire la différence aux CrossFit Games. Les plus grands champions s’entrainement toujours plus que les autres. Toujours un peu plus. Ils ou elles ont toujours plus travaillé que leurs adversaires, de façon peut être imperceptible. Ce qui les pousse: la passion, la joie de pratiquer, d’aller toujours plus loin dans le détail. Le plaisir.

Dans la vidéo ci-dessus, Bruce Springsteen et son groupe doivent interpréter, à la demande d’un fan un morceau de Chuck Berry, très connu, certes, mais que le groupe n’a manifestement jamais travaillé, du moins pas depuis leur adolescence. Et alors ? C’est quoi le problème ? Avec beaucoup d’humour et dans une décontraction totale devant 50000 spectateurs, Springsteen et son groupe tâtonnent pendant quelques longues minutes essayant de se mettre en place. Et puis… Bam ! Chaque musicien trouve sa place, et la machine démarre. Un groove implacable se met en place. Et l’ensemble de rendre une copie d’une musicalité incroyable, d’une maîtrise totale. Cette cohésion est bien sûr le fruit d’années de dur labeur. Des milliers d’heures de répétitions, des décennies sur les routes pour des centaines de concerts. Encore une fois, le travail, le travail, le travail . Mais ce qui est le plus réjouissant c’est le sourire, le plaisir non feint pris par tous ce soir là. Cette joie de donner, de jouer ensemble. Communion, amour de la musique. Partage. Joie. Plaisir. On en revient toujours aux mêmes notions.

Même si cette sensation de facilité, ce « flow », nous, le commun des mortels, ne la connaîtrons probablement jamais sur de longues périodes, nous pouvons, au moins par petites touches, chaque jour, un petit peu plus, mettre du plaisir dans ce que nous faisons, mettre du sourire dans l’effort et garder en mémoire le pourquoi de notre pratique. As-tu déjà douté dans ta pratique sportive ou artistique? Ou même dans ton travail? Probablement. As-tu déjà perdu le sens? Sûrement. Ça arrive, c’est normal. Mais as-tu déjà ressenti, ce moment où tout fonctionne parfaitement, tout roule, même un très court instant. Cette seconde, cette étincelle qui te reconnecte a ton POURQUOI. Qui te donne envie de sourire dans la difficulté? Pas un sourire de façade. Un sourire intérieur. Celui qui te rattache au sens de ta pratique. Te redonne énergie et sérénité. Et finalement, ce léger sourire sur les lèvres et dans le regard. Tout n’est-il pas plus facile d’un coup? Cette fugace impression de fluidité. Le « flow ». Et si  tout ceci se cultivait? Se travaillait jour après jour? Et si cela demandait de la pratique pour que ça vienne naturellement?

“T’as juste besoin d’une passion
Donc écoute bien les conseillers d’orientation
Et fais l’opposé de c’qu’ils diront
En gros, tous les trucs où les gens disent « tu perds ton temps »
Faut qu’tu t’mettes à fond dedans et qu’tu t’accroches longtemps”
Orelsan, Notes pour plus tard

La clé est l’état d’esprit. Et ça, quelque soit notre maîtrise technique ou notre condition physique, chacun de nous en est responsable. Rien ne t’empêche de te sourire dans la glace le matin. De boycotter les mauvaises nouvelles en n’allumant pas BFM TV ou autres au réveil.  Profiter d’un lever de soleil, d’une séance de méditation, ou de respiration pour se connecter à ICI et MAINTENANT. Se dire que les choses sont comme elles sont. Sans juger. Sans SE juger. Commencer la journée par du positif. Du présent. Pour un temps, ne pas se projeter dans un futur incertain ou dans un passé douloureux. Cette suite de petits gestes qui, je l’expérimente en écrivant en ce moment même, permettent d’améliorer mon état d’esprit en amassant tous les petits sourires que je peux. Tout est affaire de détails. Et tout est bon à prendre. Essayer de toujours faire les choses par plaisir et non par contrainte. Sport, arts, culture, travail. Fais le. Ou ne la fais pas. Mais fais le seulement si tu as du plaisir à le faire.

« Cours souvent! Cours loin! Cours moins! Cours vite! Cours lentement! Mais ne cours jamais sans plaisir! »

Emelie Forsberg, Vivre et courir

Aujourd’hui, je prend cet engagement avec moi-même de ne plus faire les choses sous la contrainte. Plus jamais. Je fais ce choix de vivre comme courent les Tarahumaras.  Dans la joie. Toujours. Je te laisse, j’ai comme envie d’enfiler mes baskets …

Keep Moving Forward

Born to Run de Christopher McDougall, éditions Guérin

Crédit photo: Luis Escobar

#3 – H A R D –

« Nous aimons tous gagner, mais combien aiment s’entraîner ? »
Mark Spitz

Salut toi, ça va ?

Aujourd’hui on cause CrossFit, dépassement de soi et satisfaction personnelle.

5.Dans le dernier tour du travail du jour, ma sueur inonde mes yeux et chute en grosses gouttes sur le sol.6. Ma gorge est sèche. Chaque micro-mouvement est un peu plus pénible à chaque fois. 7. 8. « Allez vieux ! Encore ! Débranche ! ». Je ne saurais dire d’où viennent, ni à qui appartiennent les voix qui m’encouragent. 9. Mon champ de vision s’est rétréci à un point où je ne vois que mes mains qui se posent sur le sol et la barre que je devrai franchir quand je me relèverai. Le monde extérieur est devenu flou, lointain, indistinct. Dans ma bulle, mon corps, la barre. Tous mes sens sont concentrés sur la tâche que j’ai à accomplir. Encore quatre « burpees facing the bar ». J’ai le cœur dans la gorge. Mes poumons cherchent à utiliser au mieux le moindre atome d’oxygène. Mes pieds passent de l’autre côté. Je tente maladroitement d’effectuer un demi-tour avant d’atterrir, mais je vais devoir rajouter un petit saut supplémentaire pour me retrouver face à la barre et à bonne distance pour repartir. 10. Pas de coup d’œil au chrono, cela ne sert plus à rien. D’ailleurs, je me suis aperçu que je regarde de moins en moins le chrono lors des entraînements. Je pose mes mains au sol. Je descends la poitrine et projette mes pieds en arrière. J’essaie de ne pas retenir la chute avec mes bras pour économiser de l’énergie. En garder encore un peu pour les dernières répétitions à effectuer. Je m’allonge complètement. «Remonter-immédiatement-remonter- immédiatement-remonter-immédiatement » c’est mon seul leitmotiv à cet instant précis alors que le sol, pourtant inondé de ma sueur m’appelle à rester encore un peu allongé car on y est si bien, comme dans un lit douillet. «Lève-toi! Maintenant!» Il faut pousser sur les bras, puis sur les hanches. Projeter mes pieds au plus près de mes mains. Se redresser. Même dans cet instant, au bout de ma fatigue, au moment où mon corps tout entier me crie «Stooooop!», je m’aperçois que je garde encore assez de lucidité pour penser à tous les petits détails qui me permettront d’être plus efficient. Mais peut-être que j’y pense trop encore. Pas encore des réflexes. Le spectacle, vu de l’extérieur n’est sûrement pas fabuleux, loin de là. Mais nous soignerons l’esthétique plus tard. Ici, maintenant, il est question de survie. C’est un combat de chaque seconde.

Dans le coin bleu, mon corps, 41 ans 86 kg dont 15 de trop qui me hurle : «Mais qu’est-ce ce qu’on fout, bordel ? Parce que je ne sais pas si tu es au courant, mais on va mourir là ! Je fais ce que je peux pour faire baisser la température et apporter suffisamment d’oxygène pour alimenter le moteur, mais je ne vais pas tenir longtemps!» (Si toi-même tu as grandi dans les années 80/90, à cet instant, tu imagines forcément les petits bonhommes d’Il était une fois … la vie en panique totale. C’était l’ instant nostalgie. C’est cadeau).

Dans le coin rouge, mon mental. 41 ans aussi, il n’a pas toujours été des plus constants au fil des ans mais, aujourd’hui, c’est une brique : « Tu ne peux pas t’arrêter là. Hors de question. Encore une répétition. Bouge ! Bouge ! Bouge ! On doit aller au bout. On ira jusqu’au bout! Ça va bien se passer »

« Allez vieux, ne lâche pas ». Est-ce un encouragement extérieur ou une voix dans ma tête? Je ne sais pas. Mes pieds se posent au niveau de mes mains, je me redresse. Et saute par-dessus la barre. Je respire et retombe de l’autre côté. 11. Plus que deux répétitions et c’est fini. Et je replonge mon buste dans le vide, je me sens léger.

«C’est ce corps qui souffre, pas moi.»

Alejandro Jodorowsky, El Topo

Le mental a pris le dessus. 12. Une dernière et je pourrais mourir en paix dans mon coin, le sentiment du devoir accompli … dernier burpee … dernier saut au-dessus de la barre. Et … Time ! Le souffle court je tombe à genoux, trempé de sueur. Il fait tellement chaud, mon cœur bat tellement fort. Imperceptible, un sourire se dessine sur mes lèvres. Je me sens tellement vivant. Terrassé, mais vivant. Le monde extérieur se fait un peu plus distinct. Mon champ de vision s’élargit. Le coach note mon temps sur le tableau. Je m’en fous. Je regarderai plus tard. Je m’écroule sur le côté gauche pour me retrouver en position fœtale. J’ai du mal à retrouver mon souffle. Dans mon dos, quelqu’un accompli ses dernières répétitions sous les encouragements. Je suis tellement bien au sol. Le temps, « in a relative way », s’écoule à la fois lentement mais bien trop vite à mon goût. Une main s’approche de mon visage. « Bien joué ». Check. Avec difficulté, je me relève pour féliciter les autres athlètes. Tout le monde s’est donné à fond quel que soit son niveau et sa forme du moment. Bravo. Bien joué. La fatigue se lit dans tous les regards.

Quelques instants plus tard, je suis déjà impatient de m’y remettre demain …et je me pose la question de ce qui se passe en moi dans ces moments de dépassement ? Pourquoi c’est si bon de sortir de sa zone de confort ? Pourquoi j’aime ça ? Pourquoi je ne reste pas, comme je l’ai fait ces 15 dernières années, tranquillement dans mon canapé ? C’est quoi le projet?

Ce que j’aime dans le CrossFit c’est que ce sport a des exigences que je n’ai connu dans aucun autre des sports que j’ai pu pratiquer. Je sais que je vais me mettre dans des situations inconfortables, que je vais « me rentrer dedans ». Que les signaux que m’envoie mon corps vont être à deux doigts de faire flancher mon mental mais qu’à chaque fois je vais aller au-delà de ce que je me pensais être capable de faire. Le voilà le projet! Il est là le plaisir. Du moins c’est là que je le trouve. Cette satisfaction d’avoir fait le maximum, encore un peu plus que la dernière fois. Et, comme dans la vie, même quand un objectif est atteint, tant en qualité qu’en quantité, le soleil continue de se lever et dévoile de nouveaux horizons à défricher. De plus j’éprouve un nouveau rapport à mon corps. Longtemps je l’ai dénigré, ignoré et aujourd’hui je le vois comme une fantastique machine. Machine que je me dois de respecter même, et surtout, en la malmenant, en testant ses limites. Une machine étonnante, surprenante d’antifragilité qui se renforce et apprend des traumatismes qu’elle subit entrainement après entrainement, pour peu que la montée en difficulté soit progressive, mesurée, intelligente. Voyons ou cela va nous mener. En attendant continuons d’avancer.

Keep moving forward

Photo: Victor Freitas via unsplah

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