#7 – U P P E R C U T –

Now you know what you’re fighting for.

Rocky, Creed II, Steven Caple Jr, 2018

Salut toi, ça va?

Ça faisait longtemps, non? Longtemps que je n’avais pas publié. Ce n’est pas que je n’ai pas écrit, non. Mais disons, que, ces derniers temps, occupé par des changement de vie assez radicaux, surtout au niveau professionnel, j’ai eu du mal à “lâcher mes coups”. La peur. La peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas viser juste. La peur d’échouer. Lâcher mes coups. Me livrer. Et, inévitablement, me découvrir. Et risquer de prendre un vilain contre. Tu me vois venir, là? Oui, j’ai vu Creed II dernièrement, et, encore une fois, question de synchronicité ou que sais-je, ce film m’a parlé. De la vie. De ma vie. De moi. De ma situation actuelle. Comme toute la saga Rocky, Creed II n’est pas un film sur la boxe. C’est un film qui utilise un contexte,  la boxe, comme pour parler de la vie. Tu l’as compris, je ne suis pas formé à la critique de cinéma, cet article n’est donc pas une analyse de film, mais plutôt, un partage de mon expérience de spectateur et un témoignage de l’impact de l’objet filmique en question sur ma vie, ici et maintenant. Ce texte est donc totalement subjectif. Puisses-tu y trouver quelque enseignement.

Le trailer de Creed II

Commençons par le pitch: depuis sa défaite face à Ricky Conlan dans Creed, Adonis (Michael B. Jordan) s’est fait un prénom, il est devenu champion du monde, comme son père. Il est heureux en couple avec Bianca (Tessa Thomson) et sa relation avec son “Tonton” et coach Rocky (Sylvester Stallone) est au beau fixe. Tout va bien. Et, ce qui  « peut arriver de pire à un boxeur”  (Mickey dans Rocky III) commence à pointer le bout de son nez:  l’embourgeoisement guette. Pendant ce temps, en Ukraine, un certain Viktor Drago (Florian Munteanu, mutique et excellent) s’entraîne dur sous la férule de son père Ivan (magnétique Dolph Lundgren) pour défier le nouveau champion de la catégorie et redorer l’honneur familial. Bien que le film se positionne comme une suite directe à la fois de Creed et de Rocky IV, le script reprend la structure de Rocky III. On y suit la trajectoire du champion en titre, bien en place, apprécié du public qui est défié par un challenger mort de faim. Évidemment, le champion va très vite être mis à mal, voire mis plus bas que terre par le nouveau venu. La peur va alors le dominer. Peur pour sa santé, son couple, son confort. Il va lui falloir reprendre les rênes de sa vie et surmonter ses peurs pour reprendre les gants, et gagner à nouveau.

Alors que Creed, premier du nom, renouvelait dans le fonds et la forme la saga pour l’inscrire dans les années 2K10 (mouvements de caméra audacieux, BO Hip-Hop haut de gamme), la structure hyper classique de cette suite, critiquée par quelques uns, permet au film de se concentrer sur les personnages et leurs tourments. Adonis est toujours un sale gosse, mais les événements du film vont le propulser dans l’âge adulte de façon brutale – euphémisme- et il n’en est que plus attachant là où il n’était qu’une tête à claques, sympa, certes, mais tête à claque quand même dans le premier film. Il a ici de vrais enjeux, sportifs, personnels, familiaux et il va enfin symboliquement “tuer le père” en affrontant le rejeton de celui qui avait laissé Appolo Creed pour mort sur le ring 30 ans plus tôt. Shakespearien. Michael B Jordan livre un prestation habitée et spectaculaire. Notamment dans une scène, probablement la plus touchante de toute la saga, où il devient réellement père et redevient boxeur dans le même instant. Comment rendre épique une scène se tenant dans un gymnase avec un sac de frappe. Et un couffin. Magnifique scène. Rocky, lui, est plus en retrait dans cet épisode, et c’est très bien. Il a peu d’enjeux mais ceux-ci se dessinent en parallèle avec ceux de son poulain et ne sont pas moins primordiaux pour le personnage. Il va devoir lui aussi trouver le courage de redevenir père et passer définitivement le relais. Encore une fois, c’est une constante depuis 40 ans, le rôle fait écho à la vie de son interprète, qui, accepte enfin de lâcher l’affaire, passer le relais. Ce personnage, est tellement touchant. Et Stallone y a mis tellement de lui, qu’il lui est difficile de le laisser partir. Nous le savons. Mais il doit lui offrir une belle sortie. Même difficulté pour le public, tellement attaché à cette icône de la culture populaire. Ici Stallone laisse les clés à Michel B. Jordan. Littéralement. Il y a une certaine ironie au fait qu’ Adonis se batte lors du premier combat du film plus pour récupérer les clés de la voiture que lui a laissé son père, perdues lors d’un pari dans Creed que pour le titre de champion. Un vrai symbole. « Doni » récupère ses clés, son héritage, et dans le même temps, Stallone confie les clés de la saga à Michael B. Jordan sur une ligne de dialogue toute simple.

Now, it’s your time kid

Rocky, Creed II, Steven Caple Jr, 2018

Un direct au cœur. Étonnamment, le film parle peu.Ici, peu de grands discours, beaucoup de choses passent dans les regards, les situations. Un homme en pleurs devant un sac de frappe et un couffin (Mais, mais, cette scène!!!). Un père qui jette l’éponge pour préserver son fils. Un coach qui transmet à son élève quelques “trucs” pour gérer  les grands événements de sa vie familiale. Il est beaucoup question de filiation, de passage de relais. Le film embrasse réellement cette direction avec Viktor et Ivan Drago. Tombé en disgrâce suite à sa défaite dans Rocky IV, abandonné par l’Etat et sa femme (Brigitte Nielsen fait un caméo), Ivan place dans son fils tous ses espoirs de refaire surface. Les deux hommes parlent peu. Mais le jeu des regards est tellement intense que l’on comprend toute leur relation en quelques scènes. Alors qu’Adonis va devoir apprendre à se battre pour lui, Viktor, se bat pour son père. Ivan, de son côté, se bat pour l’honneur, mais leur relation va changer au cours du combat final et c’est … bouleversant. Dolph Lundgren a un charisme fou et bouffe toutes les scènes ou il apparaît. Un coup de maître de Stallone au scénario qui montre son amour de tous les personnages de la saga dans cet hommage à son monolithique ennemi de Rocky IV.

Côté action -car on est aussi là pour ça hein? les copains- c’est peut-être le film le plus généreux en morceaux de bravoure au sein d’une sage qui en compte déjà énormément. Je retiens le traditionnel “training montage”. Là encore rien que du classique si ce n’est la brutalité de entrainement. Pour retrouver la force et la rage, bref, « L’oeil du tigre, mec! », Adonis s’entraîne dans un camp reculé au milieu du désert. Et son programme est d’une violence. Entre sparring-partner aux allures de tueurs chicanos tout droit sortis de Breaking Bad, séances de frappe dans des pneus à s’en exploser les jointures, running au bord de l’insolation et j’en passe, c’est probablement le training montage le plus dur de tous. Au passage, qui dit training montage dit musique et, si les compositions de Ludwig Göransson sur le premier Creed, ne m’avaient pas particulièrement bouleversé cette fois ses thèmes me semblent plus présents, notamment celui d’Adonis, mélancolique et épique à la fois. La section dévolue au training montage, Runnin , est particulièrement brillante. Brillante aussi la résurgence des thèmes légendaires de Bill Conti, qui viennent à point nommé dans le climax du film pour achever un spectateur déjà bien secoué par un combat final tout bonnement parfait de bout en bout.

Car le second grand moment est évidemment ce combat final. Encore une fois, contrairement aux artifices de Creed, il est mis en scène de façon très conventionnelle, champ / contre champ / plan large … mais c’est vraiment efficace. Et là, ce qui frappe, dans tous les sens du terme, c’est le sound design. Les coups font mal. Le bruit des impacts est tout bonnement monstrueux (ces coups dans les côtes!!!) et le spectateur est alors totalement immergé et souffre, et c’est important, avec les deux boxeurs. La malice du scénario fait en sorte qu’il est difficile de souhaiter plus la victoire de l’un ou l’autre boxeur. C’est, je crois, une première dans la saga. Il est amusant de constater qu’en tant que suite directe de Rocky IV, film OVNI écrit sous cocaïne, totalement ancré dans son époque avec ses méchants Russes vraiment très méchants et dopés et ses gentils Américains tout propres, soldats de la liberté, Creed II, totalement en empathie avec tous ses personnages en prend le parfait contre-pied thématique. C’est très fort. Et ça passe encore une fois par le jeu des interprètes des Drago père et fils, qui inversent totalement les attentes du spectateur en cours de route.

Voilà, donc, Creed II est un vrai bon film de la saga Rocky. A la fois passage de flambeau, départ pour une autre direction et hommage au classicisme absolu d’une saga cinématographique à la fois protéiforme (chaque film a, dans la forme, ses qualités propres) et en même temps pas avare quand il faut, pour le plaisir du spectateur et parfois un peu par facilité, user et abuser de “recettes” et de passages obligés. Mais c’est toujours tellement bon. Surtout, Creed II a été écrit et réalisé avec le cœur. J’ai ressenti une vraie sincérité dans ce film, et crois moi ou pas, je possède un radar pour ces choses là.

Round after round, you learn more about yourself. And when I stepped in that ring, it wasn’t all about me.


Adonis Creed, Creed II, Steven Caple Jr, 2018

Enfin ce film m’a parlé. Profondément. Un jour ta vie prend un virage inattendu et, tapie dans l’ombre, la peur guette. Prête à prendre le contrôle. Il te faut alors sortir de ta zone de confort, te confronter avec toi même, car ton pire ennemi, au final, c’est toi. Il te faut combattre cette version de toi-même avec qui tu ne voudrais pas traîner. Je connais bien cette personne: paralysée par la peur, confortable dans l’inaction, qui refuse d’avancer. Je la combat tous les jours et je gagne plus que souvent ces derniers temps. Et je n’en suis pas peu fière. Adonis se livre à ce combat et fini par l’emporter, expulsant cette version de lui qui a peur. Et trouvant le courage de livrer un nouveau défi, trouvant la force de se remettre en danger, pas pour prouver quelque chose aux autres, mais pour, enfin s’accomplir en tant qu’homme. Et se battre pour quelque chose de plus grand que lui. Vraiment, est-ce un signe de l’Univers? Je ne saurai le dire mais ce film est tombé à point nommé pour me passer un message:

Se lancer un défi, changer la donne dans sa vie, ça fait peur. J’en causerai peut-être dans un prochain article mais c’est exactement ce que je vis actuellement.

Il faut accepter qu’il y ait de la casse.

Rocky, Rocky Balboa, Sylvester Stallone, 2006

Mais il faut y aller quand même. Pour soi. Pour ceux qui nous entourent et croient en nous. Repartir au combat, round après round. Apprendre sur soi et le monde, petit à petit. “Un coup à la fois. Un round à la fois.” disait Rocky dans le premier Creed. La leçon reste valable. Je vais m’efforcer de l’appliquer, à commencer par monter ces “trois premières marches du ring” qui me semblent être une montagne.

Maintenant, c’est mon tour.

Keep moving forward

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#6 – C H A M P I O N S –

« C’est interminable! 6 putains de minutes!

_Je plains ta femme si tu trouves que 6 minutes c’est interminable. »

Bohemian Rhapsody, Bryan Singer (2018)

Salut toi! Ça va?

Nous sommes le fruit de nos expériences, et les enfants illégitimes de nos héros.

« Il faut que j’te montre un truc. »

Janvier 1991.  » Viens voir! Faut que j’te montre un truc! » Christophe, mon voisin est tout excité. Il a apparemment fait une fabuleuse découverte. A-t-il déterré un trésor caché dans notre colline? Découvert un terrible secret qui bouleverserait notre paisible quartier encore tout récent? Non. Bien mieux en vérité. Une pépite. Un chef d’oeuvre. « Un clip vidéo d’un nouveau groupe » m’annonce-t-il fier comme tout. Il faut dire que Christophe, du moins ses parents, a le câble. Donc MTV. Donc accès à quantité de merveilles chamarrées et bruyantes que l’on appelait clips vidéo, que le câble, fabuleux vecteur de données analogiques déversait 24/24 au travers du mythique « tube cathodique » dans une glorieuse stéréo. Nous avons donc passé une partie de l’après-midi à guetter fébrilement la diffusion dudit clip. Heureusement, la chaîne étant adepte de la « rotation lourde » nous n’avons pas eu à attendre si longtemps que ça. Encore un clip de Vanilla Ice, suivi du dernier Zuccherro et … et … soudain … la révélation. Un clip étrange, baroque. Très différent du tout venant de cette époque. En partie en animation image par image, en partie en prises de vue réelles retravaillées avec effets crayonnés dans le style de Picasso ou Jackson Pollock (ça je l’apprendrai bien plus tard). Un spectacle fascinant pour nous qui étions passionnés de cinéma fantastique et d’effets spéciaux. Cette ambiance de fête foraine morbide avec ses lutins jongleurs masqués comme à Venise … Whooo! La séquence des jongleurs en pâte à modeler m’a littéralement explosé les pupilles et le cerveau! La musique? A l’avenant. Baroque. Complexe. Flamboyante. Sombre. Rock. Flamenco. Opéra. Et cette voix. Puissante, expressive, hypnotisante. Cette journée reste pour moi le point de départ de ma passion pour la musique. Le clip? Innuendo de Queen. Oui. Je sais. En fait en 1991 c’était loin d’être un tout nouveau groupe, mais à l’époque, sans Wikipédia et internet, nous n’avions aucun moyen à 13/14 ans de le savoir. Nous l’apprendrons assez vite cependant mais ce sentiment de découvrir était tout bonnement grisant. Nous étions des pionniers. Pour la première fois nous écoutions autre chose que les disques de nos parents. Une période de découverte qui m’amènera très très vite dans les rayons de la FNAC à la recherche des pépites de Queen puis Pink Floyd, Hendrix, The Doors, Bruce Springsteen, The Beatles, Deep Purple, Dire Straits, Neil Young, Prince et tant d’autres.

Quelque mois plus tard, le 24 novembre, Freddie Mercury décédait des suites d’une pneumonie liée à son VIH, déclaré publiquement la veille. Une autres de mes journées mémorables. La première fois que j’ai pleuré une personne qui m’était totalement étrangère. Je me rendais au collège à bord de la 4L du voisin qui nous emmenait tous les matins. Et, en chemin la radio m’annonce la nouvelle. Et je ne me doutait même pas que le chanteur était malade. Le clip d’ Innuendo, en animation et images d’archives car Freddie Mercury, dans sa dernière année, était peut-être trop fatigué pour figurer dans ses clips, prenait alors tout son sens. Et que dire des chansons de l’album? These Are the Days of Our Lives, I’m Going Slightly Mad, et The Show Must go on devenaient autrement signifiantes. Je me plongeais alors dans les livrets, traduisant et décryptant les paroles. Ces rockers avaient donc de la profondeur. Non, rien n’est insignifiant.

Sid Vicious (Sex Pistols) à Freddie Mercury : « Alors Fred, tu amènes le ballet au foules, hein ?!

_ Ah ! Le monsieur Ferocious ! Eh bien, on fait ce qu’on peut mon chéri ! ».

Anecdote probablement fausse, mais tellement drôle …

Freddie fut donc le premier de mes héros musicaux, la première légende. Le premier dont j’ai vécu le décès aussi. A présent que les dernières légendes du rock sont chaque jour plus proches de rejoindre Prince, Freddie, David, Jim, John , Janis, James Lemmy et Jimi, pour la jam ultime, quelque part en enfer, et que je n’écoute plus que des chanteurs morts ou en passe de l’être – car que m’offre l’époque sinon des musiques prémachées, déroulées au kilomètre par de soi-disant beatmakers ( le mot est bien choisi, des faiseurs, au sens propre) et incarnées par des pantins caricaturaux hautement jetables? (attention! syndrome du vieux rockeur aigri en vue … ) – il me semblait important de revenir sur ce souvenir fondateur. Tout ceci à l’occasion de la sortie au cinéma de Bohemian Rhapsody, biopic du groupe Queen par Bryan Singer.

J’aime bien les biopics musicaux, et je passe toujours un bon moment devant, ne serai-ce que grâce aux séquences musicales. Evidemment mes attentes sont d’autant plus importantes que j’apprécie l’artiste concerné.

Alors qu’en est-il de ce biopic sur Queen? Se hisse-t-il au niveau de mes favoris du genre, comme The Doors, La Bamba ou Tina? Et bien, déjà c’est très bien réalisé, et la mise en scène est impeccable. Le mouvements de caméra sont fous et le réalisateur iconise parfaitement ses personnages. Niveau interprétation, les acteurs, Rami Malek en tête sont plutôt bons. Il y a un petit travers à vouloir les faire ressembler le plus possible à leurs modèles dans la vraie vie ( la prothèse dentaire de Rami Malek est assez malaisante au début) et ce n’était pas absolument nécessaire, mais comme le jeu des acteurs est bon, ça passe. Du point de vue narratif, c’est un peu plus compliqué. Ou plutôt pas assez, le film allant d’ellipse en ellipse et restant très évasif sur l’évolution du groupe, hésitant entre se focaliser sur Freddie Mercury, ses frasques, ses outrances et ses questionnements concernant son identité sexuelle et l’ascension du groupe vers les sommets du rock. Le film est en fait trop lisse pour rendre honneur à un personnage « bigger than life » comme Freddie Mercury. On sent une grosse pression des membres survivants du groupe pour ne pas trop écorner l’idole. Peut-on vraiment leur en vouloir?

« Si la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende. »

L’homme qui tua Liberty Wallace, John Ford (1962)

Et, en même temps il dresse de Mercury le portrait intimiste et tendre d’un artiste total, extravagant et attachant, malheureux dans sa solitude, quitte à le rendre un peu plus lisse qu’il n’était vraiment.Cela laisse le sentiment que les scénaristes n’ont pas su choisir et sont restés dans un entre deux un peu mou. Toutefois, la première partie du film est agréable et tient par les tubes égrainés tout du long.

Mais là n’est pas le plus important. Le 13 juillet 1985, Queen faisait son grand retour sur scène au stade de Wembley à l’occasion du show caritatif Live Aid. Lors des 20 minutes de show qui lui seront allouées Queen volera la vedette à tous les autres artistes devant 100 000 spectateurs et 1.5 milliards de téléspectateurs faisant de ce set un des moments les plus importants de l’histoire du rock. Et c’est vers ce moment que nous amène tout le film. Les 30 dernières minutes sont tout bonnement terrassantes. Oui! J’avoue, j’ai miaulé. Et je repaierai le prix du billet juste pour ces 30 minutes de bonheur et d’émotions. La musique, la mise en scène, la virtuosité des mouvements de caméra et la présence de Freddie Mercury au travers de son interprète, tout contribue à clouer le spectateur sur son siège, à l’approcher un peu des sensations que seuls ont pu connaitre les personnes présentes ce jour dans le public et sur la scène. Et tous ces souvenirs qui sont remontés à la surface. Ces après midi pluvieuse à écouter de la musique, à lire les paroles des chansons. La lecture assidue de Rock & Folk et Best. Ces virées en centre-ville pour aller acheter, en cassette, un album avec nos petites économies. Ouvrir la cellophane. Mettre la cassette dans le lecteur. Presser le bouton Start. Ecouter en boucle. Encore et s’endormir le Walkman encore sur les oreilles. Copier les cassettes des copains. Les premiers CD (Dire Straits et … Queen). Les premiers concerts. La première guitare. Certes, après toutes ces années, Queen n’est pas le groupe que j’ai le plus écouté. Et ma fidélité s’est tournée vers d’autres artistes comme Prince ou Pink Floyd. Mais il reste le premier pour lequel je me suis passionné. Le premier étage, les fondations de ma culture rock et plus largement musicale. De ma culture au sens large; De mes valeurs et de ce qui fait aujourd’hui de moi l’homme que je suis. Un élément de mes fondations. Car ces mecs, et le film le retranscrit assez bien, étaient des défricheurs. Ils se foutaient bien de réussir ou d’échouer. Ils faisaient ce qu’ils avaient décidé de faire. Bohemian Rhapsody, ce morceau alambiqué, mêlant ballade, opéra et hard rock, aux paroles incompréhensibles ( « Mais c’est qui ce Galiléo? » se demande un membre du groupe au cours d’une séquence hilarante sur l’enregistrement du titre que l’ingé son appelle « le … truc … de Freddie »), un tube? No Way! répondent les producteurs. Fuck You! réplique le groupe. Et le groupe d’avoir finalement raison. Car, et c’est la leçon que j’en tire: si tu crois en ce que tu fais, un projet, un objectif, une création, peu importe. Si tu crois VRAIMENT en tes capacités. Si tu fais les chose avec passion. Si tu sais te montrer vulnérable autant que fort et décidé, tu réussiras. Un jour ou l’autre, tu réussiras. Peut-être ce coup-ci. Peut-être la prochaine fois. Crois en toi et en tes rêves. Travaille dur. Donne toi pleinement. Et, parce que nous manquons tous de temps, lance-toi. Aime la vie et ceux qui t’entourent. « We are the champions », voilà de quoi parle Freddie Mercury dans son hymne des stades. Nous sommes tous les champions de nos vies, tous potentiels vainqueurs. Le tout c’est d’y croire. et de se battre. Tous champions de nos vies. Ce sont les leçons que je tire de la vie d’un de mes héros, un homme qui s’est donné corps et âme pour son art et son public et qui disait, lors de sa dernière interview en 1991 :

« Je ne veux pas changer le monde. Ce qui m’importe, c’est d’être heureux et honnête, et de m’amuser, quoi qu’il arrive. »

Allez, je te laisse, je file faire des vocalises!

Keep Moving Forward

#1 – A G H O S T S T O R Y –

« J’attends quelqu’un.

_Qui ?

_Je ne m’en souviens plus. »

A Ghost Story, David Lowery

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Salut toi ! Ça va ?

Il arrive parfois, et c’est de plus en plus rare au fur et à mesure que j’avance en âge et en expérience, que le cinéma me mette une grosse claque. Mais, comme dirait Alexandre Astier, « la bonne tartine, attention, les cheveux de travers et tout ». Comme ça. Sans prévenir. Ça s’appelle A Ghost Story. Et c’est magnifique.

Résumé : M. (elle), et C. (lui), sont un couple de trentenaires qui habite une petite maison de banlieue. Ils vivent des jours ni particulièrement heureux ni fondamentalement tristes, entre rires et engueulades, tendresse et moments de tension. Ils ont notamment un désaccord : elle veut déménager, lui reste attaché au lieu et à ses souvenirs. Parfois, des bruits étranges se font entendre dans la maison. Un jour, C. décède dans un accident de voiture. Et revient sous la forme d’un fantôme dans sa demeure, sans pouvoir interagir avec celle qui a partagé sa vie jusqu’à maintenant.

A Ghost Story est donc une histoire … de fantôme. Ou l’histoire d’UN fantôme. Des histoires de revenants nous en avons tous déjà vu mais A Ghost Story assez différent de ce que nous avons pu voir dans le genre auparavant. Ici le fantôme est simplement représenté dans sa forme la plus basique, enfantine même. Un simple drap, percé de deux trous pour les yeux. Même sans visage et expressions, l’inventivité de la mise en scène nous transmet les émotions du spectre. Mais sont-ce celles du malheureux ou bien celles que le spectateur projette sur la toile de son costume ? Première idée de génie. Surtout, le film épouse entièrement le point de vue du fantôme, spectateur impuissant et muet, de la vie qui continue de défiler devant lui. En résulte un film contemplatif, poétique, subtil, tout simplement beau. Bon, OK ce n’est pas la Grande Vadrouille et on n’est clairement pas là pour rigoler. Mais qu’est-ce que c’est beau.

Ce que j’ai trouvé de vraiment subtil en premier lieu, c’est la représentation du couple et du deuil. Ils sont ensemble, probablement très amoureux, mais tellement réels. Pas de sentiments « too much » ici. Pas d’histoire d’ « amour-plus-fort-que-tout-qui-vient-même-à-bout-de-la-mort ». Pas de veuve éplorée criant « PourqwwwwaAAA ? » devant la tombe du défunt, sous une pluie de tempête. Ici le deuil se fait dans le silence. La détresse de M. est montrée lors d’une longue scène troublante, très dérangeante mais pas larmoyante. Non. Ici, le temps fait son œuvre. Effaçant tout, les joies, les peines, même l’amour et les souvenirs. La citation que j’ai choisi en introduction est un dialogue (encore une idée visuelle géniale) entre le fantôme de C. et une congénère qui hante la maison d’en face. Celle-ci attend depuis si longtemps, qu’elle en a même oublié qui elle attendait. Ici, il n’est question que de temps et de mémoire. Bien évidemment, M. finira par refaire sa vie. Et quittera la maison laissant C. à son errance solitaire. Elle prendra toutefois le soin de laisser un petit mot sur un bout de papier glissé dans un interstice selon une habitude qu’elle avait évoqué auparavant. Pour laisser une trace ? Passer un message ? C. va errer de longues années dans la maison, essayant de déloger le mystérieux petit bout de papier, subissant la présence d’autres occupants, les effrayant parfois en utilisant des moyens qu’on a tous vu dans des films de maisons hantées (verres qui volent, placards qui s’ouvrent tous seuls). Mais nous les découvrons ici du point de vue du fantôme, ce qui est à la fois amusant et un peu triste, voire pathétique.

La perception du temps du point de vue d’un fantôme, qui a l’éternité devant lui étant très différente de la nôtre le film défile devant nos yeux à la fois dans une grande lenteur et à une vitesse proprement hallucinante. C’est une impression assez étonnante. Et il voit le temps, cet ogre qui dévore tout, passer inexorablement. Jusqu’à … la fin des temps ? Il y a à ce stade une dernière astuce scénaristique que je ne dévoilerai pas. Mais c’est proprement vertigineux. Et brillant.

A Ghost Story me hante littéralement car il pose des questions sur les souvenirs et les traces que nous pouvons laisser ici-bas. Lors d’une scène clé, un personnage soutient l’idée qu’à l’échelle cosmique, tout ce que nous partageons, tout ce qui nous rassemble, que ce soit, une œuvre d’art, une chanson, une histoire commune, une généalogie, des instants passés ensemble, une habitation, rien de tout cela ne perdurera. Le temps détruit tout. Matériel, comme immatériel. Mais, et c’est ce que m’inspire cette histoire jusque dans son magnifique plan final (pourtant d’une grande simplicité), la vie vaut la peine d’être vécue, malgré tout. Ce sont ces instants, passés ensemble, ces lieux où nous avons vécu, de bons et de mauvaise instants qui font de nous ce que nous sommes. Qui nous construisent en tant qu’humains, nous emprisonnent ou nous libèrent. Sans interaction, nous n’existons pas, nous ne sommes que des fantômes. Et si l’amour même ne résiste pas à la mort et au temps, alors aimons tant que nous le pouvons encore.

Keep moving forward

A Ghost Story, 2017, un film de David Lowery. Dispo en Blu-Ray/DVD et VOD.