#8 – W O R K H A R D –

Salut, toi, ça va?


J’ai peu publié ces derniers mois mais j’avais une bonne raison. J’avais un objectif, un rêve un peu fou que je voulais réaliser. Et j’ai consacré l’essentiel de mon énergie à la réalisation de cet objectif. Tu veux savoir? Prenons ma machine à remonter le temps et voyons comment ça s’est passé, et ce que j’en ai tiré … let’s go!

Chapitre I: les 5 secondes qui changent tout

29 septembre 2018. Je scrolle machinalement sur Facebook et tombe sur une page consacrée à la Volvic Volcanic eXpérience. Un trail dans la Chaîne de Puys, chez moi, au sein de mes chers volcans. J’avais, un peu plus tôt, en juillet, participé à mon premier trail, à la Rosière en Savoie, un 22 km avec 1400m de dénivelé. Ce fut une super expérience, difficile, très difficile ,certes, mais pleine d’enseignements quant à ma force mentale, plus qu’athlétique et à ma capacité de récupération après un tel effort. Si bien que je n’ éludais pas l’idée de revenir l’année suivante. Et puis, cette tentation. Un trail, chez moi, en Auvergne. Alléchant. Pourquoi pas? Mais quelle distance? Voyons. Voyons. Au programme, 4 courses: 110, 43, 25 ou 15 km. On oublie tout de suite les 110 km, c’est clairement hors de mes capacités. 15 km? Un peu court, peut-être, pour se déplacer depuis Annecy. Restent le 25 km ou le 43 km. Et cette envie de me challenger … Sans trop étudier les parcours, et fidèle à la méthode des « 5 secondes de réflexion » (on en reparlera) , qui m’a toujours fait faire de bons choix, je me lance. Ce sera donc“Expérience Impluvium”, un parcours de 43 km et 1660 m de dénivelé. Je clique. Valide mon inscription. Respire un coup … et réalise l’énormité de la chose. Même sur du plat, je n’ai jamais couru une aussi grande distance. Je ne suis même jamais sorti en nature hors course officielle et balisée, pour m’ entraîner. 43 km. Mince! JE NE VAIS JAMAIS Y ARRIVER!!! OK. Respire … respire … respire … Je prend conscience en repensant à ce moment où j’ai validé cette inscription de l’importance de l’intention ou de l’instinct dans mes prises de décisions. Les étapes émotionnelles qui l’ont accompagné sont, à ce stade, dans l’ordre:

  1. CURIOSITÉ ET PROJECTION
  2. RÉFLEXION (COURTE)
  3. PRISE DE DÉCISION
  4. STUPEUR ET TREMBLEMENTS
  5. IMPRESSION DE PERTE DE CONTRÔLE
  6. PLAN D’ACTION

Ce sont exactement les mêmes étapes, les mêmes sensations que lorsque j’ai décidé de changer d’horizon professionnel, excepté la phase de deuil de mon ancien emploi. En fait, je pense que j’ai, inconsciemment, expérimenté, challengé ma capacité à me décider rapidement et radicalement. A m’engager dans un objectif qui, à un moment donné, peut me paraître fou, voire totalement inatteignable. Ce trail, et le challenge qu’il constituait, c’était comme une vision miniature, un brouillon de mon projet professionnel. Je tenais l’objectif qui allait me tenir en éveil des mois durant.

Chapitre II: « Help! I need somebody »

Mercredi 7 novembre 2018, Stade d’Annecy-le-Vieux. Première séance de ma préparation encadrée par Émeline, éducateur sportif diplômée et coach de CrossFit qui va m’accompagner tout du long avec sérieux, réactivité et savoir-faire. Libéré depuis peu de mes obligations professionnelles, engagé dans un nouveau projet de vie, je vais consacrer 7 mois à cette préparation, à raison de 3 à 4 séances par semaine. 7 mois! Là, le trail, devient plus qu’un objectif, ça va être un mode de vie. Je vais manger, dormir, bouger, rêver Trail. Le premier enseignement que j’ai tiré de ma crise de panique post inscription est: “ Fais toi aider”. L’objectif étant de parcourir une distance de course encore inédite pour moi, sans me blesser en prenant, objectif prioritaire, du plaisir à le faire le jour J, il m’apparaissait indispensable de me tourner vers quelqu’un qui avait des connaissances en matière de préparation physique. Tiens! Exactement comme je me fais aider dans mon projet professionnel par Hélène depuis plusieurs mois. Quelque soit le projet il est primordial d’avoir conscience de l’importance de s’entourer, de savoir détecter et mettre à profit les talents qui nous entourent. Là encore je me suis aperçu que ceux qui savent sont ravis de partager leurs connaissances, que ce soit au travers de prestations payantes, bien sûr, parce que c’est leur métier mais aussi autours de discussions impromptues, de partages d’expériences, ou de services. Alors pourquoi refuser toutes ces ressources à portée de main?

Chapitre III: « Aies confiance, crois en … toi. »

Je suis assez observateur. Et, une chose intéressante que j’ai pu remarquer est que les personnes accompagnées ou coachées (j’en croise tous les jours) ont parfois tendance à se dire qu’elles pourraient “faire autrement”, “ improviser”, qu’elles pourraient “ y mettre leur grain ”, « faire leur sauce », qu’elles pourraient en faire encore plus “parce que ça fait une bonne séance”, qu’ils ou elles sont de « vrai(e)s bosseurs ou bosseuses”. Et ce, en sport ou dans tout autre domaine. Un peu comme ces personnes qui mettent le GPS pour ensuite tourner systématiquement dans la direction inverse indiquée par la machine parce qu’elles connaissent un raccourci (Si! si! tu connais ce genre de personnes!). Ma façon de voir les choses est simple: confiance absolue (aveugle?) envers celui ou celle que j’ai choisi pour m’accompagner. Et j’insiste sur le fait d’avoir choisi cette personnes. On dit parfois que “ la confiance n’exclut pas le contrôle”. Et bien, si! La confiance exclut le contrôle. Sinon, il n’y a pas de confiance. Ai-je suffisamment confiance en moi pour accorder ma confiance à quelqu’un d’autre, pour me faire aider? C’est la vraie question. Faire confiance c’est SE faire confiance. ET avoir confiance en soi , c’est avoir confiance en l’autre. Confiance en celui qui sait. Le doute, s’il est nécessaire doit intervenir à l’origine du projet. Il agit de concert avec la peur. Fait son travail (nous y reviendrons plus bas), et n’ a plus sa place ensuite dans le process. J’ai assez vite décidé que je me ferai aider mais j’ai longtemps réfléchi à la façon de procéder. Mais dès l’instant ou mon choix s’est porté sur une coach avec qui je serai en contact tous les jours ou presque, après l’avoir observée, m’être renseigné auprès de ses coachés, il n’y avait plus de doute possible. Ce serait avec Emy et personne d’autre. Par la suite je n’ai jamais fais 1 km de plus ni de moins que ce qui était préconisé. Pas une heure de plus. Pas un exercice complémentaire improvisé. S’en tenir à la prescription stricto sensu s’est chasser les doutes, agir l’esprit libéré des hésitations. Comme nous pourrions décider de nous habiller chaque jour de la même façon afin d’éliminer les décisions non cruciales (si! si! y’en a qui font ça!). Cette confiance dans mon choix initial m’a permis de lâcher prise et de laisser « ma coach coacher ». Ceci n’empêche pas d’échanger et de donner ses ressentis à son coach pour corriger le tir en cours de route si besoin.

Chapitre IV: « Ce n’est pas plus facile. Tu progresses »

La notion de « flow » est un sujet sur lequel je souhaite m’appuyer fortement dans mon activité de coaching. Comment être suffisamment attentif à ses ressentis et sensations? Comment « stocker » ces sensations pour pouvoir aller les rechercher et en utiliser l’énergie? Ces notions liées à l’élasticité de nos cerveau, à notre résilience mentale et physique me fascinent au plus haut point. Le « flow », je le connais. Je l’ai expérimenté. 09 avril 2019: séance d’endurance mixte avec diverses phases et allures à respecter. Je te passe la description complète. Je parcours 18 km ce jour là. En progrès très nets par rapport au même exercice effectué deux fois les mois précédents. Et je ressens une immense aisance. Ce jour là, mes jambes sont légères, à peine si elles effleurent le sol, mon allure n’est que grâce, j’arbore un large sourire et le vent dans mes cheveux … oui bon! c’est mon ressenti, hein, la réalité doit être un peu moins onirique. Et puis je fais ce que je veux, c’est moi qui écrit! Bref, tout ça pour te décrire une des meilleures séances de ma préparation. Blague à part cette idéalisation du moment m’a permis de l’ancrer dans ma mémoire et de conserver intactes les sensations de cet instant et, depuis, de pouvoir y revenir et en tirer toute l’énergie positive. Ce jour là j’ai vraiment ressenti “le flow”. Les compétences acquises au cours des séances pas toujours très drôles de travail en côte, en VMA ou de rameur en salle, ont éclaté dans ma tête ce jour là. Mon cerveau et mon corps ont assimilé les progrès effectués. Mon niveau de compétence avait augmenté m’amenant dans la zone de flow. Ce moment, limité dans le temps, où tout coule de source, tout semble plus “facile”. Le fameux “pic de forme”. Curieusement, à cet instant, le challenge d’un trail de 43 km m’a semblé bien plus abordable que quelques mois auparavant. Et pourtant je n’avais toujours pas parcouru la distance. Là encore, je peux ramener ces considérations sportives à un niveau plus professionnel. J’ai pris confiance, en me raccrochant à ces moment de flow dans le sport pour y trouver des énergies positives.

Chapitre V: « Pas à pas, un sommet à la fois »

25 avril 2019: Seul sur le plateau des Glières, embourbé dans 1 m de neige par endroits, je doute. Manifestement, je suis paumé. De toute évidence je suis épuisé. J’ai déjà parcouru 11km en 2h50 dont 45 minutes sur les deux dernier kilomètres. Déjà pas simple à repérer, le chemin est devenu invisible. Je fais demi tour? Cela veut dire refaire la même distance, avec les mêmes difficultés, la fatigue en plus. Mais, au moins je connais le chemin. Un mois plus tôt, j’aurais fais ce choix, plus rassurant. Mais j’ai grandi. J’ai appris. J’ai appris que se perdre, finalement ça n’est pas très grave. Ce jour je sais quoi faire de ma peur. La laisser faire son travail qui consiste à me mettre en éveil, enclencher le “mode survie”. Profiter de l’afflux d’adrénaline. Puis reprendre le contrôle et ma route. Avancer. Avancer et retrouver la bonne route. Profiter de l’instant, se laisser surprendre. Ce moment où ma préparation m’amène a effectuer des sorties longues en montagne, seul, donc dans l’inconnu est peut-être ce qui a été le plus difficile pour moi. Pas l’effort physique. Plutôt le fait d’affronter un environnement non balisé. J’ai une fâcheuse tendance à me perdre … et puis comme pour tout, le cerveau s’adapte, apprend. On finit toujours par retrouver un chemin, parfois, inattendu, qui nous mènera quelque part. Un fondement de Nos petites Victoires, tiens! Ces longues sorties, parfois dans la neige, m’ont obligé à élargir ma “zone de confort”. Je me suis trouvé de plus en plus à l’aise, seul dans la nature.

Pour conclure … en attendant la suite.

« And I knew I had to deal with it. So I just made a choice. I’d let the fear in, let it take over, let it do its thing, but only for five seconds, that’s all I was going to give it. So I started to count: One, two, three, four, five. »

Lost ep. 01X01 – Jack Shephard

Si cette préparation d’un objectif sportif ambitieux, à mon niveau, a consolidé mes convictions professionnelles c’est bien sous cet angle: chacun de nous peut réaliser de grandes, d’immenses choses pour peu qu’elles nous tiennent à cœur, soient cohérentes avec nos valeurs et, surtout, en procédant par étapes. C’est la base de Nos petites Victoires, mon activité de coaching. Il est beaucoup plus facile d’aborder un objectif en le découpant en étapes, chacune de ces étapes nécessitant de développer certains talents et connaissances ou de simplement effacer certaines craintes. Comme celle de se perdre. Puis faire des pauses pour assimiler les progrès réalisés. Et repartir pour l’étape suivante. Dans la conception de Nos petites Victoires j’ai à de nombreuses reprise eu l’impression d’être embourbé, avec cette impérieuse envie de faire demi-tour, parce que la peur de se perdre, parce que le regard des autres. Mais, comme lors de ma préparation trail, je peux dire aujourd’hui que s’il m’arrive toujours régulièrement de me sentir perdu, de ne pas savoir ce qu’il y a au tournant du chemin, j’ai de plus en plus de facilité à avancer parce que chaque pas, chaque foulée m’apprend un truc en plus et fait de moi quelqu’un de plus confiant, de plus audacieux. Et, quand la peur vient pointer, fermer les yeux, la laisser faire son travail et l’observer rentrer chez elle. Reprendre la route. Avancer quoi qu’il arrive.
Dans la seconde partie je te parlerai plus en détail de la course en elle-même et ce qu’elle m’a appris. A très vite!
Matthieu
La page de Coach Emy:https://www.facebook.com/coachemy74/

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#4 – S M I L E –

« Quelle joie! s’émerveillait Virgil le coach, qui n’avait jamais rien vu de pareil non plus. c’est assez extraordinaire. » Allégresse et détermination  sont généralement des émotions antagonistes, mais les Tarahumaras débordaient de l’une et de l’autre, comme si courir aux limites de leurs forces les rendait plus vivants.

Christopher McDougall, Born to Run

Salut toi ! Ca va ?

As-tu déjà ressenti « le flow »?

Dans l’idée cet article devait être une recension de Born to run de Christopher McDougall. Je ne pouvais échapper au best-seller, que dis-je la bible des ultra-runners. C’est très bien écrit, drôle, documenté, prenant, émouvant même. L’auteur nous emmène à la découverte des Tarahumaras, un peuple du Mexique qui a fait de (ou plutôt a conservé) la course comme mode de vie. Partant de ses soucis physiques liés à la pratique de la course à pieds, Christopher McDougall, part en quête de la réponse à la question : « pourquoi ai-je mal aux pieds ? » alors que les Tarahumaras courent sur des distances insensées, avec des sandales fabriquées à base de pneus, et à tout age, sans ressentir douleurs ou fatigue. De là, il alterne roman d’aventure, histoire de la course à pieds (de Néanderthal au courses de 100 miles en passant par l’invention de la chaussure de course moderne par Nike), traité de biologie, nutrition, mindset. Et c’est là que s’arrête ma modeste critique (j’ai dévoré ce livre !) . Sur le mindset. L’état d’esprit dans lequel nous accomplissons les choses. Car au-delà des questions de foulée, alimentation ou de physiologie, ce qui ressort du bouquin, ce qui m’a le plus frappé, c’est que les coureurs Tarahumaras, qui ne se blessent pas, qui, sur de longues distances déjouent tous les pronostics et affolent les chronos, le font avec le sourire aux lèvres. Avec plaisir. Avec joie.

On me demande parfois quel plaisir je peux avoir à courir ou faire des exercices de gainages difficiles. Pourquoi souffrir à ce point lors d’un WOD au CrossFit ? Et bien, parfois, de plaisir il n’y a pas. C’est difficile, c’est tout. Il y a, après l’effort, un plaisir, une joie d’être allé au bout, mais il s’agit plutôt d’une satisfaction a posteriori. La sensation de joie dans la course des Tarahumaras, telle que décrite dans le livre va de concert avec l’effort. Les coureurs respirent la joie de courir.

Je crois qu’il y a quelque chose de culturel en nous, occidentaux,  qui nous prive de ce plaisir immédiat. Dans notre tradition Judeo-Chretienne, prendre du plaisir est suspect. Alors il ne peut y avoir de plaisir à souffrir, comme si le fait que le Christ aie souffert en portant sa croix nous obligeait à prendre des têtes de suppliciés dans l’effort. C’est une explication parmi d’autres, mais je pense que la tradition pèse de manière significative que l’on soit ou non croyant. Soupçons de dopage mis à part, qui n’a pas déjà critiqué un athlète qui domine sa discipline parce qu’il est « trop facile », qu’il a l’air de prendre la compétition par-dessus la jambe? Ouh! Oui! J’en vous au fonds qui baissent la tête! Décontracté veut-il dire suffisant? Prenons l’exemple de Teddy Rinert qui domine le Judo mondial depuis 10 ans sans aucune contestation possible. A chaque titre je lis des critiques du genre « trop facile », « il devrait changer de sport » , « prétentieux » « suffisant ». Parce qu’ici, on aime les besogneux, ceux qui souffrent (encore le côté christique), ceux qui travaillent dur pour y arriver. Ceux qui ont tout donné même s’ils échouent. Mais on oublie trop vite que tous les Teddy Rinert, Usain Bolt, Matt Fraser ou Michael Jordan,  sont d’incroyables bosseurs qui se vouent corps et âme à leur discipline. Ces types ont torturé ou torturent leur corps lors de longues séances d’entrainement, travaillent leur technique, anéantissent leurs points faibles, se remettent en question en permanence. En permanence. Tout comme leurs rivaux, ils ont la culture de la gagne. Tout comme leurs rivaux ce sont des athlètes incroyables. Tout comme leurs rivaux, ils ont une génétique exceptionnelle. Comme (presque tous) leurs rivaux, concernant la génétique, je veux bien l’admettre. Mais ils ont un petit truc en plus : ILS AIMENT PROFONDÉMENT CE QU’ILS FONT. Tout comme leurs rivaux, oui mais juste un petit peu plus. Ce petit plus de passion qui fait la différence. Ce petit plus qui fait que Matt Fraser  ou Tia Clair Toomey vont peut-être s’infliger la petite répétition supplémentaire à chaque entrainement quotidien. Répétitions, qui additionnées , jour après jour, vont faire la différence aux CrossFit Games. Les plus grands champions s’entrainement toujours plus que les autres. Toujours un peu plus. Ils ou elles ont toujours plus travaillé que leurs adversaires, de façon peut être imperceptible. Ce qui les pousse: la passion, la joie de pratiquer, d’aller toujours plus loin dans le détail. Le plaisir.

Dans la vidéo ci-dessus, Bruce Springsteen et son groupe doivent interpréter, à la demande d’un fan un morceau de Chuck Berry, très connu, certes, mais que le groupe n’a manifestement jamais travaillé, du moins pas depuis leur adolescence. Et alors ? C’est quoi le problème ? Avec beaucoup d’humour et dans une décontraction totale devant 50000 spectateurs, Springsteen et son groupe tâtonnent pendant quelques longues minutes essayant de se mettre en place. Et puis… Bam ! Chaque musicien trouve sa place, et la machine démarre. Un groove implacable se met en place. Et l’ensemble de rendre une copie d’une musicalité incroyable, d’une maîtrise totale. Cette cohésion est bien sûr le fruit d’années de dur labeur. Des milliers d’heures de répétitions, des décennies sur les routes pour des centaines de concerts. Encore une fois, le travail, le travail, le travail . Mais ce qui est le plus réjouissant c’est le sourire, le plaisir non feint pris par tous ce soir là. Cette joie de donner, de jouer ensemble. Communion, amour de la musique. Partage. Joie. Plaisir. On en revient toujours aux mêmes notions.

Même si cette sensation de facilité, ce « flow », nous, le commun des mortels, ne la connaîtrons probablement jamais sur de longues périodes, nous pouvons, au moins par petites touches, chaque jour, un petit peu plus, mettre du plaisir dans ce que nous faisons, mettre du sourire dans l’effort et garder en mémoire le pourquoi de notre pratique. As-tu déjà douté dans ta pratique sportive ou artistique? Ou même dans ton travail? Probablement. As-tu déjà perdu le sens? Sûrement. Ça arrive, c’est normal. Mais as-tu déjà ressenti, ce moment où tout fonctionne parfaitement, tout roule, même un très court instant. Cette seconde, cette étincelle qui te reconnecte a ton POURQUOI. Qui te donne envie de sourire dans la difficulté? Pas un sourire de façade. Un sourire intérieur. Celui qui te rattache au sens de ta pratique. Te redonne énergie et sérénité. Et finalement, ce léger sourire sur les lèvres et dans le regard. Tout n’est-il pas plus facile d’un coup? Cette fugace impression de fluidité. Le « flow ». Et si  tout ceci se cultivait? Se travaillait jour après jour? Et si cela demandait de la pratique pour que ça vienne naturellement?

“T’as juste besoin d’une passion
Donc écoute bien les conseillers d’orientation
Et fais l’opposé de c’qu’ils diront
En gros, tous les trucs où les gens disent « tu perds ton temps »
Faut qu’tu t’mettes à fond dedans et qu’tu t’accroches longtemps”
Orelsan, Notes pour plus tard

La clé est l’état d’esprit. Et ça, quelque soit notre maîtrise technique ou notre condition physique, chacun de nous en est responsable. Rien ne t’empêche de te sourire dans la glace le matin. De boycotter les mauvaises nouvelles en n’allumant pas BFM TV ou autres au réveil.  Profiter d’un lever de soleil, d’une séance de méditation, ou de respiration pour se connecter à ICI et MAINTENANT. Se dire que les choses sont comme elles sont. Sans juger. Sans SE juger. Commencer la journée par du positif. Du présent. Pour un temps, ne pas se projeter dans un futur incertain ou dans un passé douloureux. Cette suite de petits gestes qui, je l’expérimente en écrivant en ce moment même, permettent d’améliorer mon état d’esprit en amassant tous les petits sourires que je peux. Tout est affaire de détails. Et tout est bon à prendre. Essayer de toujours faire les choses par plaisir et non par contrainte. Sport, arts, culture, travail. Fais le. Ou ne la fais pas. Mais fais le seulement si tu as du plaisir à le faire.

« Cours souvent! Cours loin! Cours moins! Cours vite! Cours lentement! Mais ne cours jamais sans plaisir! »

Emelie Forsberg, Vivre et courir

Aujourd’hui, je prend cet engagement avec moi-même de ne plus faire les choses sous la contrainte. Plus jamais. Je fais ce choix de vivre comme courent les Tarahumaras.  Dans la joie. Toujours. Je te laisse, j’ai comme envie d’enfiler mes baskets …

Keep Moving Forward

Born to Run de Christopher McDougall, éditions Guérin

Crédit photo: Luis Escobar

#2 – R E V E R E T A V A N C E R –

« Cours souvent! Cours loin! Cours moins! Cours vite! Cours lentement! Mais ne cours jamais sans plaisir! »

Emelie Forsberg

Salut toi ! Ça va ?

Depuis quelques temps je suis très intéressé par les ouvrages traitant du sport en général et de la course en particulier. Les récits de compétition, la vie des athlètes de haut niveau, les ressources physiques et mentales sont des sujets dans lesquels je retrouve beaucoup de sources d’inspiration, et pas seulement pour le sport. J’ai beaucoup apprécié les livres de Kilian Jornet, icône de l’ultra-trail, Courir ou mourir et La frontière invisible. D’ une part c’est très bien écrit et, d’autre part, j’ai pu y glaner de précieux conseils sur la préparation physique et mentale dans l’approche d’une course ou d’une compétition. Car oui, je ne croyais pas dire ça un jour mais je fais de la « compète » et j’y prends beaucoup de plaisir, alors que l’idée même de compétition m’avait par le passé complètement dégoûté de la pratique sportive. Mais j’y reviendrai sûrement plus en détail dans un prochain article.

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Vivre et courir par Emelie Forsberg, donc. Emelie Forsberg est une spécialiste de l’ultra trail et du skyrunning ainsi que du ski-alpinisme. Elle est née en 1986 en Suède, vit actuellement en Norvège avec son compagnon Kilian Jornet. Elle a évidemment un palmarès impressionnant, championne du monde de skyrunning en 2014, vainqueur du 80 km du Mont-Blanc en 2014, de la Pierra Menta (ski-alpinisme) en 2017 et a réalisé une ascension du Mont-Blanc en 8h10 (aller-retour au départ de Chamonix) et j’en passe … Une athlète d’exception donc, à la fois ultra performante et multi-disciplines. Tout pour me plaire.

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L’objet, tout d’abord est très beau. Une belle qualité de papier, avec une maquette agréable et moderne. Les photos de Kilian Jornet, sont vraiment magnifiques et respirent l’amour du photographe pour son sujet à chaque page. Un très bon job d’édition.Voilà pour la forme.

Sur le fond, ce n’est pas vraiment une autobiographie. Emelie Forsberg y évoque bien quelques courses, et épisodes de sa vie mais cela n’est pas le propos du livre. Il s’agit plutôt, je dirai, d’un manifeste, une profession de foi, même un traité de vie. Elle qualifie d’ailleurs son livre de « déclaration d’amour à la vie ». En effet la championne n’y aborde pas que la course ou le sport. Elle parle de son mode de vie en général. De son rapport à son corps et à la nature, au plaisir de courir. Elle aborde le mode de vie qu’adopte une jeune femme qui à 26 ans remporte sa première course en tant que professionnelle et bascule à partir de là dans un monde qu’elle n’imaginait pas connaitre un jour. Courses aux quatre coins du monde, plans d’entrainement, motivation, alimentation. Autant de points qu’elle aborde selon des thématique assez claires et bien choisies : « Compétition », « Décisions », « Liberté », « Montées », « Cultiver », « Naturelle », « Respirations », « Eternité ». A chaque chapitre, une thématique abordée dans de courts paragraphes, faciles à lire et bien écrits, de manière tantôt philosophique, tantôt technique et terre à terre. Tutos sur la technique de montée ou de descente, recettes de cuisine, cours de yoga, alternent avec des récits de courses, expériences de blessures, et textes sur la recherche d’une qualité de vie au plus proche de la terre et sur l’amour de la montagne et de la nature.

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Il ne fait aucun doute qu’ Emelie Forsberg est une vraie compétitrice. Sérieuse, motivée, travailleuse acharnée. Mais il ressort du livre que c’est avant tout une athlète intelligente, à l’écoute de son corps, capable de s’arrêter avant la blessure. Constamment à la recherche de l’équilibre entre « le simple, le prévisible et l’inconnu ». C’est le thème qui sous-tend tout le propos du livre. Oui, un athlète de haut niveau maltraite bien souvent son corps et effectuer 100 miles en courant pour une course, effectuer des milliers de kilomètres dans l’année à l’entrainement n’est pas sans conséquences. Mais en restant à l’écoute de ses sensations, on peut se préparer intelligemment. Utiliser différentes filières énergétiques suivant les objectifs et les moments de la saison. Se raccrocher à une routine, et savoir la casser par moments pour retrouver le plaisir. Improviser en permanence au sein d’un préparation établie. Savoir se dépasser et se préserver. Trouver l’équilibre.

« Je cours pour courir encore demain, pas pour être la meilleure sur une course ».

Ici le corps n’est pas qu’un véhicule pour l’âme. Il y est fortement lié et l’un ne peut fonctionner sans l’autre. Le bonheur se cultive et Emelie le cultive tous les jours que soit en s’occupant de son potager ou en avalant les kilomètres de dénivelé. Équilibre donc. Et simplicité: pas de grande philosophie de la course derrière tout ça. A la question pourquoi courons-nous?, elle répond, que « nous courons depuis toujours ; cette capacité est peut-être même l’une des raisons qui nous a porté là où nous sommes aujourd’hui ». Une approche, simple, primale de la course très intéressante, et qui gagnerait à être creusée. Je dois pouvoir trouver des ouvrages sur le sujet (à mettre sur ma liste).

Les leçons à tirer de l’ouvrage sont nombreuses et s’appliquent à tous les sports, (et en tant que crossfiteur, j’y ai pris quelques idées) voire même à tous les aspects de la vie (savoir prendre soin de soi pour aller loin n’est pas que l’apanage des sportifs). Si Courir ou mourir de Kilian Jornet abordait beaucoup la compétition et la notion de gagne, il est intéressant de constater que le suivant, La frontière invisible était beaucoup plus libéré de cet aspect compétitif et plus proche de l’état d’esprit développé par Emelie. Plaisir de courir, de se dépasser, de se donner des objectifs, dans le respect du corps et de la vie. Elle a probablement fortement influencé son funambule de compagnon, lui apportant pondération et recul.

Un livre donc, intelligent, utile et touchant à de nombreuses reprises (l’épisode de la blessure notamment). Le récit se termine sur un échec, Emelie renonçant dans l’ascension du Cho Oyu (8201 m) dans le Tibet après 14h de montée, pour finir sur une sage réflexion sur l’échec et les leçons à en tirer afin de continuer à rêver et avancer. Continuer. Rêver. Avancer. Des mots qui résonnent en moi comme un mantra.

Keep Moving Forward

Vivre et courir, Emelie Forsberg.

Editions MONS, 2018

Photos©KilianJornet

http://www.editionsmons.com